2014-05-31

Is she...?



Petits morceaux de papier jusque-là indistincts


Et dès que j'eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre a bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s'appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu'on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j'avais revu jusque-là); et avec la maison, la ville, la Place ou on m'envoyait avant déjeuner, les rues ou j'allais faire des courses depuis le matin jusqu'au soir et par tous les temps, les chemins qu'on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu ou les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau, de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s'étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l'église et tout Combray et ses environs, tout cela que prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.
Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Tome I, Du côté de chez Swann

And once I had recognized the taste of the crumb of madeleine soaked in her decoction of lime-flowers which my aunt used to give me (although I did not yet know and must long postpone the discovery of why this memory made me so happy) immediately the old grey house upon the street, where her room was, rose up like the scenery of a theatre to attach itself to the little pavilion, opening on to the garden, which had been built out behind it for my parents (the isolated panel which until that moment had been all that I could see); and with the house the town, from morning to night and in all weathers, the Square where I was sent before luncheon, the streets along which I used to run errands, the country roads we took when it was fine. And just as the Japanese amuse themselves by filling a porcelain bowl with water and steeping in it little crumbs of paper which until then are without character or form, but, the moment they become wet, stretch themselves and bend, take on colour and distinctive shape, become flowers or houses or people, permanent and recognisable, so in that moment all the flowers in our garden and in M. Swann's park, and the water-lilies on the Vivonne and the good folk of the village and their little dwellings and the parish church and the whole of Combray and of its surroundings, taking their proper shapes and growing solid, sprang into being, town and gardens alike, from my cup of tea.
Marcel Proust, Remembrance Of Things Past, Volume One, Swann’s way


Marie's simple gift of Japanese water flowers, tiny pieces of compressed, coloured pith (not paper) contained in little boxes or shells, which open in water, a childish toy bought for a few centimes in the course of an afternoon's stroll along the Seine embankment, gave Marcel a more than childish pleasure.
P. F. Prestwich, The Translation of Memories : Recollections of the Young Proust, London, Peter Owen, 1999
Notre collègue M. Yanaguidani nous a envoyé de Toyonaka, au Japon, des petites fleurs de papier que les Japonais s'amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d'eau et qu'il a trouvées dans une boutique en plein vent dans une grande fête appelée « Guion matsouri » à Kyoto, qui fut la capitale du Japon pendant mille ans.
Au cours de cette fête, qui a lieu le 17 juillet, un cortège de grands chars se déroule, chacun portant une lance sur son toit. Cette fête a lieu pour rappeler les souvenirs d'une maladie contagieuse qui sévit dans la ville et contre laquelle on se défendit par des lances dressées sur la terre afin de se protéger contre les démons. M. Yanaguidani a évoqué alors les petites fleurs japonaises auxquelles Marcel Proust fait allusion dans Du Côté de chez Swann.
Bulletin de la Société des Amis de Marcel Proust et des Amis de Combray, n° 10, 1906

水中花 suichuka

2014-05-25



2014-05-23

Melancholia


Nikolay Tolmachev

Conchita Wurst caused Balkan floods


Conchita Wurst caused Balkan floods after Eurovision win, say church leaders
Conchita Wurst is responsible for the flooding in the Balkans that left over 50 people dead, according to church leaders
By Our Foreign Staff
6:33PM BST 22 May 2014

Conchita Wurst is responsible for flooding that left over 50 people dead earlier this month, church leaders in the Balkans have claimed.
The Austrian drag artist, whose real name is Thomas Neuwirth, seized international attention after winning Eurovision 2014 with his hit Rise Like a Phoenix.
However, several church leaders have now claimed the recent devastating flooding across the Balkans, which was the worst in a century and left over 50 people dead, was "divine punishment" for Conchita's victory.
"This [flood] is not a coincidence, but a warning," Patriarch Amfilohije of Montenegro said, according to e.novine.com. "God sent the rains as a reminder that people should not join the wild side."
Patriarch Irinej, the spiritual leader of Eastern Orthodox Serbs, reportedly said the floods were "divine punishment for their vices" and that "God is thus washing Serbia of its sins".
The Russian Orthodox Church has previously described Conchita as an "abomination" and that his victory was "one more step in the rejection of the Christian identity of European culture".
Speaking about her look on the Graham Norton Show, Conchita said: "It's my own truth. It makes me comfortable on stage. I love myself and the bearded lady is fun and expresses everything I feel."
The Balkan flooding caused widespread devastation, forcing almost 150,000 people from their homes.
Towns and villages in Serbia, Bosnia and Croatia have been swamped, homes have been swept away by landslides, electricity has been cut off and vast tracts of farmland remain under water.

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/serbia/10850219/Conchita-Wurst-caused-Balkan-floods-after-Eurovision-win-say-church-leaders.html


Inondations dans les Balkans: l'église orthodoxe pointe du doigt Conchita Wurst
Publié par Julien Massillon
Selon le patriarche de l'église serbe, la chanteuse aurait provoqué le courroux divin. Le cardinal de Vienne en revanche s'est réjoui de son succès.

La victoire de Conchita Wurst à l'Eurovision aurait provoqué l'ire de Dieu, à en croire le patriarche serbe de l'église orthodoxe. Selon The Economist, lui et un autre responsable religieux national ont estimé que la chanteuse autrichienne et l'ensemble de la communauté LGBT portent une lourde responsabilité dans les inondations qui ont frappé la Bosnie, la Serbie et l'est de la Croatie. Dieu aurait ainsi cherché à punir l'Europe pour ses vices et ses péchés. Un membre du clergé au Montenegro considère quant à lui que ces inondations sont «un avertissement» pour que l'on ne vénère pas la «figure christique» de Conchita Wurst et que l'on s'éloigne «des ténèbres», rapporte le Huffington Post.
Côté catholique, le cardinal de Vienne Christoph Schoenborn a préféré bénir la chanteuse travestie. «Dans le jardin aux diverses couleurs du Seigneur, il y a de l'espace pour toutes les multitudes, a-t-il écrit dans une tribune publiée dans le journal autrichien Heute. Tous ceux qui sont nés hommes ne se sentent pas forcément hommes et c'est la même chose pour les femmes. Ces personnes méritent le même respect que celui auquel nous avons droit en tant qu'êtres humains. Je suis content que Tom Neuwirth ait eu un tel succès en créant le personnage de Conchita Wurst et je prierai pour lui.» Mais sa position sur l'homosexualité n'a pas changé, a souligné son porte-parole. En 2012, le même cardinal avait considéré «qu'un cheminement vers la conversion et la repentance est nécessaire pour les personnes qui vivent des relations homosexuelles, rappelle le Huffington Post. On doit les aider à voir que leur relation n'est pas conforme au plan de Dieu. On ne peut pas changer ce plan mais il faut se souvenir que Dieu est infiniment miséricordieux.»
C'est avec une autre qualité souvent attribuée à Dieu, la grâce, que Conchita Wurst était quant à elle présente hier, jeudi 22 mai à Cannes au gala de l'Amfar, indique metronews. Lors d'une vente aux enchères, 20 millions d'euros ont été recueillis pour financer la lutte contre le sida.

2014-05-22


2014-05-19

Donetsk


AFP, 19/05/2014 - 08:43
Ukraine : la préparation de la présidentielle perturbée dans l'Est
Dans l'Est de l'Ukraine, où dominent les séparatistes pro-russes, les électeurs s'interrogent sur le déroulement de l'élection présidentielle prévue dimanche 25 mai.
Les séparatistes pro-russes pourraient perturber la présidentielle ukrainienne, dans l'Est du pays, dimanche 25 mai. Olexandre Mossiïtchouk, un pasteur de Makiïvka, dans la banlieue de Donetsk, se demande combien de kilomètres il devra parcourir pour trouver un bureau de vote ouvert. "Nous sommes prêts à faire deux ou trois heures de route", dit-il.
"Il y aura de gros problèmes" le jour de l'élection, prophétise cet habitant de l'un des bastions de l'insurrection armée pro-russe qui depuis un mois défie le pouvoir à Kiev. "Je sais que nos chers séparatistes veulent arrêter les élections. Je vais tenter par tous les moyens de voter mais je ne sais ni où ni comment", affirme-t-il.
Il fait partie des électeurs déterminés à voter malgré le danger et l'incertitude sur l'organisation du scrutin dans l'Est. Pavlo Koussovlev, cadre de 27 ans à Donetsk et père de deux enfants, va dans le même sens : "Même si c'est risqué, j'irai voter, c'est mon droit. Je veux que notre pays soit uni et souverain".
A une semaine du scrutin qui fait suite à la destitution de Viktor Ianoukovitch, la Commission électorale à Kiev a tiré la sonnette d'alarme. Faute de sécurité, dans plusieurs parties des régions de Donetsk et de Lougansk, près de 2 millions d'électeurs pourraient être privés de vote. Pour l'heure, personne n'est capable de dire à quel endroit dans la région il sera possible de déposer son bulletin dans l'urne, ni si la sécurité des votants sera assurée.
Alexandre Borodaï, le très mystérieux consultant russe devenu "Premier ministre" de la "République populaire de Donetsk", a prévenu : "il n'y aura pas d'élection à Donetsk, aucune".
Serguiï Tkachenko, l'un des responsables de la commission électorale de la région de Donetsk, se désole : "Je ne suis pas capable de protéger 3,5 millions de votants". Et de poursuivre : "Si les élections n'ont pas lieu à Donetsk, le cauchemar se poursuivra durant les années à venir".
Le responsable se demande comment préparer des élections quand les locaux sont saisis, le matériel détruit et les membres des commissions menacés. "La vie des membres des commissions électorales est en danger. Ils ont très peur et doivent se cacher", affirme celui qui vit, lui-même, à l'hôtel et dont la famille a été évacuée de la région.
D'après un dernier sondage, seuls un tiers des électeurs de l'Est seraient prêts à participer au scrutin alors que plus de 70% d'entre eux avaient participé à la dernière présidentielle de 2010, remportée par Viktor Ianoukovitch, originaire de la région.
"Dans cette situation, nous avons évidemment peur d'aller voter, nous avons peur de vivre", raconte Alla Moskalets. Elle estime toutefois que "c'est le dernier espoir avant la guerre civile". Sans quitter des yeux sa fille qui joue dans la salle d'à côté, elle ajoute : "Je vais aller voter parce que je pense que le pays est impuissant en ce moment. L'élection d'un président permettra, avec un peu de chance, de rétablir l'ordre dans le pays".
"Je suis prête à aller m'enregistrer ailleurs", affirme-t-elle mais "sortir de la ville est dangereux à cause des postes de contrôle qui sont aux mains de gens armés qui peuvent arrêter le moindre véhicule sans fournir d'explications".
La délocalisation hors de la région pourrait en effet être le seul moyen d'être sûr de voter, concède Serguiï Tkachenko. "Les électeurs peuvent avant le 19 mai, date de clôture des listes électorales, s'enregistrer dans un bureau dans un lieu sûr, en dehors de la région", explique-t-il. Mais il faut revenir le dimanche pour voter au même endroit. Et "au final, rien ne garantit qu'il sera possible de quitter la ville, encerclée par les rebelles, le jour de l'élection!", reconnaît-il, désespéré.

2014-05-18

A piece of light


2014-05-17

Meriam Yahia Ibrahim Ishag

Au Soudan, une femme condamnée à mort pour apostasie
Le Monde.fr | 15.05.2014 à 11h45 • Mis à jour le 15.05.2014 à 15h20

Un tribunal de Khartoum a condamné, jeudi 15 mai, une chrétienne soudanaise de 27 ans à la peine de mort pour apostasie - l'abandon public et volontaire d'une religion - et ce malgré les appels d'ambassades occidentales à un respect de sa liberté religieuse. La jeune femme, enceinte de huit mois, est actuellement détenue avec son fils de 20 mois, selon Amnesty International, qui a demandé sa libération immédiate.
« Nous vous avions donné trois jours pour abjurer votre foi mais vous avez insisté pour ne pas revenir vers l'islam. Je vous condamne à la peine de mort par pendaison », a déclaré le juge, Abbas Mohammed Al-Khalifa, s'adressant à la femme avec le nom de famille de son père, un musulman.
Meriam Yahia Ibrahim Ishag - son nom chrétien - a également été condamnée à cent coups de fouet pour « adultère ». A l'énoncé du verdict, la jeune femme est restée impassible. Auparavant, au cours de l'audience, après une longue intervention d'un chef religieux musulman qui a cherché à la convaincre, elle avait dit calmement au juge : « Je suis chrétienne et je n'ai jamais fait acte d'apostasie ».
Une cinquantaine de personnes ont manifesté contre le verdict dans les rues de la capitale soudanaise, portant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Non à l'exécution de Meriam », « Les droits religieux sont un droit constitutionnel », selon l'AFP. Un manifestant a indiqué, en s'adressant au rassemblement de soutien, qu'ils poursuivraient leur mouvement de protestation avec des sit-ins jusqu'à ce que la jeune femme soit libérée.

UN DROIT INSCRIT DANS LA CONSTITUTION SOUDANAISE
Mardi, les ambassades des Etats-unis, du Canada, de Grande-Bretagne et des Pays-Bas avaient exprimé leur « vive inquiétude » à propos du cas de cette Soudanaise. « Nous appelons le gouvernement du Soudan à respecter le droit à la liberté de religion, notamment le droit à changer de foi ou de croyances », indiquaient-elles dans un communiqué conjoint.
Ce droit est stipulé dans la Constitution intérimaire soudanaise de 2005 ainsi que dans les textes internationaux sur la défense des droits de l'homme, ajoutaient les chancelleries, exhortant les autorités judiciaires à gérer le cas de Mme Ishag « avec compassion ».
Selon Amnesty International, Mme Ishag a été élevée en tant que chrétienne orthodoxe, la religion de sa mère, car son père, un musulman, fut absent pendant son enfance. Elle s'est ensuite mariée avec un chrétien du Soudan du Sud. L'accusation d'« adultère » repose sur son mariage avec un chrétien, a indiqué l'ONG, ajoutant que selon la loi islamique en vigueur au Soudan, une femme musulmane ne peut épouser un homme d'une autre religion.
Le ministre soudanais de l'information, Ahmed Bilal Osmane, a démenti toute oppression des chrétiens du Soudan. « Nous vivons ensemble depuis des siècles », a-t-il affirmé à l'AFP. Le régime islamiste soudanais a introduit la charia en 1983 mais les condamnations à mort sont rares.

Ce que soulève la jupe



Kit Promo Eurovision


2014-05-13



2014-05-12

Hymn to the beauty of the world



Diane Dufresne, Luc Plamondon, Christian Saint-Roch, 1979

The hymn to the beauty of the world

Let's not kill the beauty of the world
Let's not kill the beauty of the world

Let's not kill the beauty of the world
Each flower, each tree we kill
Comes back to kill us in turn

Let's not kill the beauty of the world
Let's not kill the bird song
Let's not kill the blue of the day

Let's not kill the beauty of the world
Let's not kill the beauty of the world

Let's not kill the beauty of the world
The Earth's last chance
It is now in jeoperdy

Let's not kill the beauty of the world
Let's make the world a vast garden
For those that will come after us
After us

Let's not kill the beauty of the world
The Earth's last chance
It is now in jeoperdy

Let's not kill the beauty of the world
Let's make the planet a big garden
For those that will come after us
After us.

http://lesamisdurichelieu.blogspot.fr/2013_03_01_archive.html

Jusqu'au bout du monde

© Predrag Pajdic, 2014

2014-05-11

Great



Libérer l'Autriche a été une erreur

Victoire d'un travesti à l'Eurovision - la Russie y voit le symbole de l'Europe décadente
Le 11 mai à 12h28 | Mis à jour il y a 35 minutes

La victoire à Copenhague du travesti à barbe Conchita Wurst, au concours de l'Eurovision, a suscité dimanche un flot d'hostilité anti-gay de la part de politiciens et stars russes.
Le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine a écrit sur Twitter que le résultat de l'Eurovision "a donné un aperçu aux partisans de l'intégration européenne de ce qui les attend en rejoignant l'Europe, à savoir, une fille à barbe". "Notre indignation est sans limites. C'est la fin de l'Europe. Elle est devenue dingue. Ils n'ont plus de femmes et d'hommes là-bas, mais un 'ça' à la place", a déclaré le politicien nationaliste Vladimir Jirinovski à la télévision publique russe, Rossiya-1.

"Il y a cinquante ans, l'armée soviétique a occupé l'Autriche. La libérer a été une erreur. On aurait dû rester", a ajouté le président du Parti libéral-démocrate de Russie, connu pour ses déclarations outrancières. Les candidates de la Russie, les jumelles Anastasia et Maria Tolmatchevi, sont arrivées en septième position au concours.
Le chanteur de rap Timati, a posté sur son compte Instagram que la victoire de Conchita Wurst était le résultat d'une "maladie mentale de la société contemporaine". "Je n'aimerais pas avoir à expliquer un jour à mon enfant pourquoi deux hommes s'embrassent ou pourquoi une femme se balade avec une barbe teinte, et que c'est censé être normal", a-t-il ajouté.
La Russie a adopté l'année dernière une loi punissant la "propagande" homosexuelle devant mineurs, d'amendes et de peines de prison, un texte qui a provoqué de vives critiques, notamment en Occident. Mais le travesti ukrainien Verka Serduchka, arrivée seconde au concours de l'Eurovision 2007, a fermement soutenu Wurst. "Pour être honnête, je dois dire que j'ai été un peu choquée au début, mais après, quand je l'ai vu, je me suis dit: pourquoi pas?" a estimé Andriy Danilko, dont Serduchka est le nom de scène. "On doit avoir plus de compassion. Je déteste quand on persécute des gens", a-t-elle encore déclaré à Rossiya-1.
La star de la pop Filipp Kirkorov, producteur de la chanson des soeurs Tolmatchevi, a même suggéré que la victoire de Wurst amènera la Russie à revoir ses positions homophobes. "Peut-être qu'il s'agit d'une forme de protestation contre certaines de nos positions en Russie. Cela mériterait peut-être réflexion. On ne devrait peut-être pas avoir une attitude si catégorique vis-à-vis de personnes qui ont d'autres orientations sexuelles", a-t-il déclaré à Rossiya-1.

http://www.lindependant.fr/2014/05/11/victoire-d-un-travesti-a-l-eurovision-la-russie-y-voit-le-symbole-de-l-europe-decadente,1881932.php

Russian Vote


Eurovision 2014 : même en Russie on a aimé Conchita Wurst et l'Ukraine
Par La rédaction numérique de RTL , Avec AFP | Publié le 11/05/2014 à 03h55 | Mis à jour le 11/05/2014 à 03h57

Conchita Wurst, le travesti barbu qui a remporté l'Eurovision 2014, a été également apprécié des téléspectateurs russes.
Les téléspectateurs russes de l'Eurovision ont apprécié ce samedi aussi bien le travesti à barbe Conchita Wurst que l'Ukraine, montrent les résultats détaillés publiés par les organisateurs ce dimanche.
Conchita Wurst troisième du vote par SMS en Russie
La candidate de l'Autriche, qui a remporté l'Eurovision 2014, est arrivée troisième du vote par SMS en Russie, alors que derrière ce personnage se cache un chanteur qui assume son homosexualité, Tom Neuwirth. L'Ukraine est arrivée quatrième de cette consultation populaire des Russes, malgré les tensions actuelles entre Kiev et Moscou.

Les téléspectateurs russes ont placé aux deux premières positions le Bélarus et l'Azerbaïdjan, deux pays qui sont des alliés traditionnels à l'Eurovision comme dans la diplomatie. En Ukraine, les téléspectateurs ont placé la Russie troisième, derrière la Pologne (première) et l'Arménie (deuxième). Conchita Wurst n'y est arrivée que cinquième.
Conchita Wurst était dans les six candidats préférés des téléspectateurs
Les organisateurs de l'Eurovision avaient précisé que les votes des habitants de Crimée seraient comptabilisés comme ukrainiens, pour des raisons techniques, même si la Russie revendique ce territoire.
Le pays où le travesti à barbe autrichien a eu le moins de succès populaire est l'Estonie, où il n'a été que huitième. Partout ailleurs, Conchita Wurst était dans les six candidats préférés des téléspectateurs.

Ceux qui ont le moins aimé les jumelles Anastasia et Maria Tolmatchevy, candidates de la Russie, sont les Danois (qui les ont classées 21es) devant les Norvégiens et Israéliens (les classant 19es). Sur les 37 pays votants, 36 ont consulté leurs téléspectateurs par SMS, à côté d'un jury de professionnels. Saint-Marin, qui compte à peine 33.000 habitants, a eu seulement recours à un jury.

Coffee Talk

2014-05-10

Rise Like a Phoenix

This night is dedicated to everyone who believes in a future of peace and freedom.
You know who you are.
We are unity and we are unstoppable.


2014-05-06

APT

Le traité transatlantique, un typhon qui menace les Européens
Engagées en 2008, les discussions sur l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne ont abouti le 18 octobre. Un bon présage pour le gouvernement américain, qui espère conclure un partenariat de ce type avec le Vieux Continent. Négocié en secret, ce projet ardemment soutenu par les multinationales leur permettrait d’attaquer en justice tout Etat qui ne se plierait pas aux normes du libéralisme.
 
par Lori M. Wallach, novembre 2013
 
Imagine-t-on des multinationales traîner en justice les gouvernements dont l’orientation politique aurait pour effet d’amoindrir leurs profits ? Se conçoit-il qu’elles puissent réclamer — et obtenir ! — une généreuse compensation pour le manque à gagner induit par un droit du travail trop contraignant ou par une législation environnementale trop spoliatrice ? Si invraisemblable qu’il paraisse, ce scénario ne date pas d’hier. Il figurait déjà en toutes lettres dans le projet d’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) négocié secrètement entre 1995 et 1997 par les vingt-neuf Etats membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) (1). Divulguée in extremis, notamment par Le Monde diplomatique, la copie souleva une vague de protestations sans précédent, contraignant ses promoteurs à la remiser. Quinze ans plus tard, la voilà qui fait son grand retour sous un nouvel habillage.
L’accord de partenariat transatlantique (APT) négocié depuis juillet 2013 par les Etats-Unis et l’Union européenne est une version modifiée de l’AMI. Il prévoit que les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique se plient aux normes du libre-échange établies par et pour les grandes entreprises européennes et américaines, sous peine de sanctions commerciales pour le pays contrevenant, ou d’une réparation de plusieurs millions d’euros au bénéfice des plaignants.
D’après le calendrier officiel, les négociations ne devraient aboutir que dans un délai de deux ans. L’APT combine en les aggravant les éléments les plus néfastes des accords conclus par le passé. S’il devait entrer en vigueur, les privilèges des multinationales prendraient force de loi et lieraient pour de bon les mains des gouvernants. Imperméable aux alternances politiques et aux mobilisations populaires, il s’appliquerait de gré ou de force, puisque ses dispositions ne pourraient être amendées qu’avec le consentement unanime des pays signataires. Il dupliquerait en Europe l’esprit et les modalités de son modèle asiatique, l’accord de partenariat transpacifique (Trans-Pacific Partnership, TPP), actuellement en cours d’adoption dans douze pays après avoir été ardemment promu par les milieux d’affaires américains. A eux deux, l’APT et le TPP formeraient un empire économique capable de dicter ses conditions hors de ses frontières : tout pays qui chercherait à nouer des relations commerciales avec les Etats-Unis ou l’Union européenne se verrait contraint d’adopter telles quelles les règles qui prévalent au sein de leur marché commun.
Tribunaux spécialement créés
Parce qu’elles visent à brader des pans entiers du secteur non marchand, les négociations autour de l’APT et du TPP se déroulent derrière des portes closes. Les délégations américaines comptent plus de six cents consultants mandatés par les multinationales, qui disposent d’un accès illimité aux documents préparatoires et aux représentants de l’administration. Rien ne doit filtrer. Instruction a été donnée de laisser journalistes et citoyens à l’écart des discussions : ils seront informés en temps utile, à la signature du traité, lorsqu’il sera trop tard pour réagir.
Dans un élan de candeur, l’ancien ministre du commerce américain Ronald (« Ron ») Kirk a fait valoir l’intérêt « pratique » de « préserver un certain degré de discrétion et de confidentialité (2) ». La dernière fois qu’une version de travail d’un accord en cours de formalisation a été mise sur la place publique, a-t-il souligné, les négociations ont échoué — une allusion à la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA), une version élargie de l’Accord de libre-échange nord-américain (Alena) ; le projet, âprement défendu par M. George W. Bush, fut dévoilé sur le site Internet de l’administration en 2001. A quoi la sénatrice Elizabeth Warren rétorque qu’un accord négocié sans aucun examen démocratique ne devrait jamais être signé (3).
L’impérieuse volonté de soustraire le chantier du traité américano-européen à l’attention du public se conçoit aisément. Mieux vaut prendre son temps pour annoncer au pays les effets qu’il produira à tous les échelons : du sommet de l’Etat fédéral jusqu’aux conseils municipaux en passant par les gouvernorats et les assemblées locales, les élus devront redéfinir de fond en comble leurs politiques publiques de manière à satisfaire les appétits du privé dans les secteurs qui lui échappaient encore en partie. Sécurité des aliments, normes de toxicité, assurance-maladie, prix des médicaments, liberté du Net, protection de la vie privée, énergie, culture, droits d’auteur, ressources naturelles, formation professionnelle, équipements publics, immigration : pas un domaine d’intérêt général qui ne passe sous les fourches caudines du libre-échange institutionnalisé. L’action politique des élus se limitera à négocier auprès des entreprises ou de leurs mandataires locaux les miettes de souveraineté qu’ils voudront bien leur consentir.
Il est d’ores et déjà stipulé que les pays signataires assureront la « mise en conformité de leurs lois, de leurs règlements et de leurs procédures » avec les dispositions du traité. Nul doute qu’ils veilleront scrupuleusement à honorer cet engagement. Dans le cas contraire, ils pourraient faire l’objet de poursuites devant l’un des tribunaux spécialement créés pour arbitrer les litiges entre les investisseurs et les Etats, et dotés du pouvoir de prononcer des sanctions commerciales contre ces derniers.
L’idée peut paraître invraisemblable ; elle s’inscrit pourtant dans la philosophie des traités commerciaux déjà en vigueur. L’année dernière, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a ainsi condamné les Etats-Unis pour leurs boîtes de thon labellisées « sans danger pour les dauphins », pour l’indication du pays d’origine sur les viandes importées, ou encore pour l’interdiction du tabac parfumé au bonbon, ces mesures protectrices étant considérées comme des entraves au libre-échange. Elle a aussi infligé à l’Union européenne des pénalités de plusieurs centaines de millions d’euros pour son refus d’importer des organismes génétiquement modifiés (OGM). La nouveauté introduite par l’APT et le TTP, c’est qu’ils permettraient aux multinationales de poursuivre en leur propre nom un pays signataire dont la politique aurait un effet restrictif sur leur abattage commercial.
Sous un tel régime, les entreprises seraient en mesure de contrecarrer les politiques de santé, de protection de l’environnement ou de régulation de la finance mises en place dans tel ou tel pays en lui réclamant des dommages et intérêts devant des tribunaux extrajudiciaires. Composées de trois avocats d’affaires, ces cours spéciales répondant aux lois de la Banque mondiale et de l’Organisation des Nations unies (ONU) seraient habilitées à condamner le contribuable à de lourdes réparations dès lors que sa législation rognerait sur les « futurs profits espérés » d’une société.
Ce système « investisseur contre Etat », qui semblait rayé de la carte après l’abandon de l’AMI en 1998, a été restauré en catimini au fil des années. En vertu de plusieurs accords commerciaux signés par Washington, 400 millions de dollars sont passés de la poche du contribuable à celle des multinationales pour cause d’interdiction de produits toxiques, d’encadrement de l’exploitation de l’eau, du sol ou du bois, etc. (4). Sous l’égide de ces mêmes traités, les procédures actuellement en cours — dans des affaires d’intérêt général comme les brevets médicaux, la lutte antipollution ou les lois sur le climat et les énergies fossiles — font grimper les demandes de dommages et intérêts à 14 milliards de dollars.
L’APT alourdirait encore la facture de cette extorsion légalisée, compte tenu de l’importance des intérêts en jeu dans le commerce transatlantique. Trois mille trois cents entreprises européennes sont présentes sur le sol américain par le biais de vingt-quatre mille filiales, dont chacune peut s’estimer fondée un jour ou l’autre à demander réparation pour un préjudice commercial. Un tel effet d’aubaine dépasserait de très loin les coûts occasionnés par les traités précédents. De leur côté, les pays membres de l’Union européenne se verraient exposés à un risque financier plus grand encore, sachant que quatorze mille quatre cents compagnies américaines disposent en Europe d’un réseau de cinquante mille huit cents filiales. Au total, ce sont soixante-quinze mille sociétés qui pourraient se jeter dans la chasse aux trésors publics.
Officiellement, ce régime devait servir au départ à consolider la position des investisseurs dans les pays en développement dépourvus de système juridique fiable ; il leur permettait de faire valoir leurs droits en cas d’expropriation. Mais l’Union européenne et les Etats-Unis ne passent pas précisément pour des zones de non-droit ; ils disposent au contraire d’une justice fonctionnelle et pleinement respectueuse du droit à la propriété. En les plaçant malgré tout sous la tutelle de tribunaux spéciaux, l’APT démontre que son objectif n’est pas de protéger les investisseurs, mais bien d’accroître le pouvoir des multinationales.
Procès pour hausse du salaire minimum
Il va sans dire que les avocats qui composent ces tribunaux n’ont de comptes à rendre à aucun électorat. Inversant allègrement les rôles, ils peuvent aussi bien servir de juges que plaider la cause de leurs puissants clients (5). C’est un tout petit monde que celui des juristes de l’investissement international : ils ne sont que quinze à se partager 55 % des affaires traitées à ce jour. Evidemment, leurs décisions sont sans appel.
Les « droits » qu’ils ont pour mission de protéger sont formulés de manière délibérément approximative, et leur interprétation sert rarement les intérêts du plus grand nombre. Ainsi de celui accordé à l’investisseur de bénéficier d’un cadre réglementaire conforme à ses « prévisions » — par quoi il convient d’entendre que le gouvernement s’interdira de modifier sa politique une fois que l’investissement a eu lieu. Quant au droit d’obtenir une compensation en cas d’« expropriation indirecte », il signifie que les pouvoirs publics devront mettre la main à la poche si leur législation a pour effet de diminuer la valeur d’un investissement, y compris lorsque cette même législation s’applique aussi aux entreprises locales. Les tribunaux reconnaissent également le droit du capital à acquérir toujours plus de terres, de ressources naturelles, d’équipements, d’usines, etc. Nulle contrepartie de la part des multinationales : elles n’ont aucune obligation à l’égard des Etats et peuvent engager des poursuites où et quand cela leur chante.
Certains investisseurs ont une conception très extensive de leurs droits inaliénables. On a pu voir récemment des sociétés européennes engager des poursuites contre l’augmentation du salaire minimum en Egypte ou contre la limitation des émissions toxiques au Pérou, l’Alena servant dans ce dernier cas à protéger le droit de polluer du groupe américain Renco (6). Autre exemple : le géant de la cigarette Philip Morris, incommodé par les législations antitabac de l’Uruguay et de l’Australie, a assigné ces deux pays devant un tribunal spécial. Le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly entend se faire justice face au Canada, coupable d’avoir mis en place un système de brevets qui rend certains médicaments plus abordables. Le fournisseur d’électricité suédois Vattenfall réclame plusieurs milliards d’euros à l’Allemagne pour son « tournant énergétique », qui encadre plus sévèrement les centrales à charbon et promet une sortie du nucléaire.
Il n’y a pas de limite aux pénalités qu’un tribunal peut infliger à un Etat au bénéfice d’une multinationale. Il y a un an, l’Equateur s’est vu condamné à verser la somme record de 2 milliards d’euros à une compagnie pétrolière (7). Même lorsque les gouvernements gagnent leur procès, ils doivent s’acquitter de frais de justice et de commissions diverses qui atteignent en moyenne 8 millions de dollars par dossier, gaspillés au détriment du citoyen. Moyennant quoi les pouvoirs publics préfèrent souvent négocier avec le plaignant que plaider leur cause au tribunal. L’Etat canadien s’est ainsi épargné une convocation à la barre en abrogeant hâtivement l’interdiction d’un additif toxique utilisé par l’industrie pétrolière.
Pour autant, les réclamations n’en finissent pas de croître. D’après la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), le nombre d’affaires soumises aux tribunaux spéciaux a été multiplié par dix depuis 2000. Alors que le système d’arbitrage commercial a été conçu dès les années 1950, il n’a jamais autant rendu service aux intérêts privés qu’en 2012, année exceptionnelle en termes de dépôts de dossiers. Ce boom a créé une florissante pépinière de consultants financiers et d’avocats d’affaires.
Le projet de grand marché américano-européen est porté depuis de longues années par le Dialogue économique transatlantique (Trans-Atlantic Business Dialogue, TABD), un lobby mieux connu aujourd’hui sous l’appellation de Trans-Atlantic Business Council (TABC). Créé en 1995 sous le patronage de la Commission européenne et du ministère du commerce américain, ce rassemblement de riches entrepreneurs milite pour un « dialogue » hautement constructif entre les élites économiques des deux continents, l’administration de Washington et les commissaires de Bruxelles. Le TABC est un forum permanent qui permet aux multinationales de coordonner leurs attaques contre les politiques d’intérêt général qui tiennent encore debout des deux côtés de l’Atlantique.
Son objectif, publiquement affiché, est d’éliminer ce qu’il appelle les « discordes commerciales » (trade irritants), c’est-à-dire d’opérer sur les deux continents selon les mêmes règles et sans interférence avec les pouvoirs publics. « Convergence régulatoire » et « reconnaissance mutuelle » font partie des panneaux sémantiques qu’il brandit pour inciter les gouvernements à autoriser les produits et services contrevenant aux législations locales.
Injuste rejet du porc à la ractopamine
Mais au lieu de prôner un simple assouplissement des lois existantes, les activistes du marché transatlantique se proposent carrément de les réécrire eux-mêmes. La Chambre américaine de commerce et BusinessEurope, deux des plus grosses organisations patronales de la planète, ont ainsi appelé les négociateurs de l’APT à réunir autour d’une table de travail un échantillon de gros actionnaires et de responsables politiques afin qu’ils « rédigent ensemble les textes de régulation » qui auront ensuite force de loi aux Etats-Unis et dans l’Union européenne. C’est à se demander, d’ailleurs, si la présence des politiques à l’atelier d’écriture commercial est vraiment indispensable…
De fait, les multinationales se montrent d’une remarquable franchise dans l’exposé de leurs intentions. Par exemple sur la question des OGM. Alors qu’aux Etats-Unis un Etat sur deux envisage de rendre obligatoire un label indiquant la présence d‘organismes génétiquement modifiés dans un aliment — une mesure souhaitée par 80 % des consommateurs du pays —, les industriels de l’agroalimentaire, là comme en Europe, poussent à l’interdiction de ce type d’étiquetage. L’Association nationale des confiseurs n’y est pas allée par quatre chemins : « L’industrie américaine voudrait que l’APT avance sur cette question en supprimant la labellisation OGM et les normes de traçabilité. » La très influente Association de l’industrie biotechnologique (Biotechnology Industry Organization, BIO), dont fait partie le géant Monsanto, s’indigne pour sa part que des produits contenant des OGM et vendus aux Etats-Unis puissent essuyer un refus sur le marché européen. Elle souhaite par conséquent que le « gouffre qui se creuse entre la dérégulation des nouveaux produits biotechnologiques aux Etats-Unis et leur accueil en Europe » soit prestement comblé (8). Monsanto et ses amis ne cachent pas leur espoir que la zone de libre-échange transatlantique permette d’imposer enfin aux Européens leur « catalogue foisonnant de produits OGM en attente d’approbation et d’utilisation (9) ».
L’offensive n’est pas moins vigoureuse sur le front de la vie privée. La Coalition du commerce numérique (Digital Trade Coalition, DTC), qui regroupe des industriels du Net et des hautes technologies, presse les négociateurs de l’APT de lever les barrières empêchant les flux de données personnelles de s’épancher librement de l’Europe vers les Etats-Unis (lire La traque méthodique de l’internaute révolutionne la publicité). « Le point de vue actuel de l’Union selon lequel les Etats-Unis ne fournissent pas une protection de la vie privée “adéquate” n’est pas raisonnable », s’impatientent les lobbyistes. A la lumière des révélations de M. Edward Snowden sur le système d’espionnage de l’Agence nationale de sécurité (National Security Agency, NSA), cet avis tranché ne manque pas de sel. Toutefois, il n’égale pas la déclaration de l’US Council for International Business (USCIB), un groupement de sociétés qui, à l’instar de Verizon, ont massivement approvisionné la NSA en données personnelles : « L’accord devrait chercher à circonscrire les exceptions, comme la sécurité et la vie privée, afin de s’assurer qu’elles ne servent pas d’entraves au commerce déguisées. »
Les normes de qualité dans l’alimentation sont elles aussi prises pour cible. L’industrie américaine de la viande entend obtenir la suppression de la règle européenne qui interdit les poulets désinfectés au chlore. A l’avant-garde de ce combat, le groupe Yum !, propriétaire de la chaîne de restauration rapide Kentucky Fried Chicken (KFC), peut compter sur la force de frappe des organisations patronales. « L’Union autorise seulement l’usage de l’eau et de la vapeur sur les carcasses », proteste l’Association nord-américaine de la viande, tandis qu’un autre groupe de pression, l’Institut américain de la viande, déplore le « rejet injustifié [par Bruxelles] des viandes additionnées de bêta-agonistes, comme le chlorhydrate de ractopamine ».
La ractopamine est un médicament utilisé pour gonfler la teneur en viande maigre chez les porcs et les bovins. Du fait de ses risques pour la santé des bêtes et des consommateurs, elle est bannie dans cent soixante pays, parmi lesquels les Etats membres de l’Union, la Russie et la Chine. Pour la filière porcine américaine, cette mesure de protection constitue une distorsion de la libre concurrence à laquelle l’APT doit mettre fin d’urgence.
« Les producteurs de porc américains n’accepteront pas d’autre résultat que la levée de l’interdiction européenne de la ractopamine », menace le Conseil national des producteurs de porc (National Pork Producers Council, NPPC). Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, les industriels regroupés au sein de BusinessEurope dénoncent les « barrières qui affectent les exportations européennes vers les Etats-Unis, comme la loi américaine sur la sécurité alimentaire ». Depuis 2011, celle-ci autorise en effet les services de contrôle à retirer du marché les produits d’importation contaminés. Là encore, les négociateurs de l’APT sont priés de faire table rase.
Il en va de même avec les gaz à effet de serre. L’organisation Airlines for America (A4A), bras armé des transporteurs aériens américains, a établi une liste des « règlements inutiles qui portent un préjudice considérable à [leur] industrie » et que l’APT, bien sûr, a vocation à rayer de la carte. Au premier rang de cette liste figure le système européen d’échange de quotas d’émissions, qui oblige les compagnies aériennes à payer pour leur pollution au carbone. Bruxelles a provisoirement suspendu ce programme ; A4A exige sa suppression définitive au nom du « progrès ».
Mais c’est dans le secteur de la finance que la croisade des marchés est la plus virulente. Cinq ans après l’irruption de la crise des subprime, les négociateurs américains et européens sont convenus que les velléités de régulation de l’industrie financière avaient fait leur temps. Le cadre qu’ils veulent mettre en place prévoit de lever tous les garde-fous en matière de placements à risques et d’empêcher les gouvernements de contrôler le volume, la nature ou l’origine des produits financiers mis sur le marché. En somme, il s’agit purement et simplement de rayer le mot « régulation » de la carte.
D’où vient cet extravagant retour aux vieilles lunes thatchériennes ? Il répond notamment aux vœux de l’Association des banques allemandes, qui ne manque pas d’exprimer ses « inquiétudes » à propos de la pourtant timide réforme de Wall Street adoptée au lendemain de la crise de 2008. L’un de ses membres les plus entreprenants sur ce dossier est la Deutsche Bank, qui a pourtant reçu en 2009 des centaines de milliards de dollars de la Réserve fédérale américaine en échange de titres adossés à des créances hypothécaires (10). Le mastodonte allemand veut en finir avec la réglementation Volcker, clé de voûte de la réforme de Wall Street, qui pèse selon lui d’un « poids trop lourd sur les banques non américaines ». Insurance Europe, le fer de lance des sociétés d’assurances européennes, souhaite pour sa part que l’APT « supprime » les garanties collatérales qui dissuadent le secteur de s’aventurer dans des placements à hauts risques.
Quant au Forum des services européens, organisation patronale dont fait partie la Deutsche Bank, il s’agite dans les coulisses des pourparlers transatlantiques pour que les autorités de contrôle américaines cessent de mettre leur nez dans les affaires des grandes banques étrangères opérant sur leur territoire. Côté américain, on espère surtout que l’APT enterrera pour de bon le projet européen de taxe sur les transactions financières. L’affaire paraît d’ores et déjà entendue, la Commission européenne ayant elle-même jugé cette taxe non conforme aux règles de l’OMC (11). Dans la mesure où la zone de libre-échange transatlantique promet un libéralisme plus débridé encore que celui de l’OMC, et alors que le Fonds monétaire international (FMI) s’oppose systématiquement à toute forme de contrôle sur les mouvements de capitaux, la chétive « taxe Tobin » n’inquiète plus grand monde aux Etats-Unis.
Mais les sirènes de la dérégulation ne se font pas entendre dans la seule industrie financière. L’APT entend ouvrir à la concurrence tous les secteurs « invisibles » ou d’intérêt général. Les Etats signataires se verraient contraints non seulement de soumettre leurs services publics à la logique marchande, mais aussi de renoncer à toute intervention sur les fournisseurs de services étrangers qui convoitent leurs marchés. Les marges de manœuvre politiques en matière de santé, d’énergie, d’éducation, d’eau ou de transport se réduiraient comme peau de chagrin. La fièvre commerciale n’épargne pas non plus l’immigration, puisque les instigateurs de l’APT s’arrogent la compétence d’établir une politique commune aux frontières — sans doute pour faciliter l’entrée de ceux qui ont un bien ou un service à vendre au détriment des autres.
Depuis quelques mois, le rythme des négociations s’intensifie. A Washington, on a de bonnes raisons de croire que les dirigeants européens sont prêts à n’importe quoi pour raviver une croissance économique moribonde, fût-ce au prix d’un reniement de leur pacte social. L’argument des promoteurs de l’APT, selon lequel le libre-échange dérégulé faciliterait les échanges commerciaux et serait donc créateur d’emplois, pèse apparemment plus lourd que la crainte d’un séisme social. Les barrières douanières qui subsistent encore entre l’Europe et les Etats-Unis sont pourtant « déjà assez basses », comme le reconnaît le représentant américain au commerce (12). Les artisans de l’APT admettent eux-mêmes que leur objectif premier n’est pas d’alléger les contraintes douanières, de toute façon insignifiantes, mais d’imposer « l’élimination, la réduction ou la prévention de politiques nationales superflues (13) », étant considéré comme « superflu » tout ce qui ralentit l’écoulement des marchandises, comme la régulation de la finance, la lutte contre le réchauffement climatique ou l’exercice de la démocratie.
Il est vrai que les rares études consacrées aux conséquences de l’APT ne s’attardent guère sur ses retombées sociales et économiques. Un rapport fréquemment cité, issu du Centre européen d’économie politique internationale (European Centre for International Political Economy, Ecipe), affirme avec l’autorité d’un Nostradamus d’école de commerce que l’APT délivrera à la population du marché transatlantique un surcroît de richesse de 3 centimes par tête et par jour… à partir de 2029 (14).
En dépit de son optimisme, la même étude évalue à 0,06 % seulement la hausse du produit intérieur but (PIB) en Europe et aux Etats-Unis à la suite de l’entrée en vigueur de l’APT. Encore un tel « impact » est-il largement irréaliste, dans la mesure où ses auteurs postulent que le libre-échange « dynamise » la croissance économique ; une théorie régulièrement réfutée par les faits. Une élévation aussi infinitésimale serait d’ailleurs imperceptible. Par comparaison, la cinquième version de l’iPhone d’Apple a entraîné aux Etats-Unis une hausse du PIB huit fois plus importante.
Presque toutes les études sur l’APT ont été financées par des institutions favorables au libre-échange ou par des organisations patronales, raison pour laquelle les coûts sociaux du traité n’y apparaissent pas, pas plus que ses victimes directes, qui pourraient pourtant se compter en centaines de millions. Mais les jeux ne sont pas encore faits. Comme l’ont montré les mésaventures de l’AMI, de la ZLEA et certains cycles de négociations à l’OMC, l’utilisation du « commerce » comme cheval de Troie pour démanteler les protections sociales et instaurer la junte des chargés d’affaires a échoué à plusieurs reprises par le passé. Rien ne dit qu’il n’en sera pas de même cette fois encore.
Lori M. Wallach
Directrice de Public Citizen’s Global Trade Watch, Washington, DC,
www.citizen.org
 
(1) Lire « Le nouveau manifeste du capitalisme mondial », Le Monde diplomatique, février 1998.
(2) « Some secrecy needed in trade talks : Ron Kirk », Reuters, 13 mai 2012.
(3) Zach Carter, « Elizabeth Warren opposing Obama trade nominee Michael Froman », Huffington Post, 19 juin 2013.
(4) « Table of foreign investor-state cases and claims under NAFTA and other US “trade” deals » (PDF), Public Citizen, août 2013.
(5) Andrew Martin, « Treaty disputes roiled by bias charges », Bloomberg, 10 juillet 2013.
(6) « Renco uses US-Peru FTA to evade justice for La Oroya pollution » (PDF), Public Citizen, 28 novembre 2012.
(7) « Ecuador to fight oil dispute fine », Agence France-Presse, 13 octobre 2012.
(8) Commentaires sur l’accord de partenariat transatlantique, document du BIO, Washington, DC, mai 2013.
(9) « EU-US high level working group on jobs and growth. Response to consultation by EuropaBio and BIO » (PDF),
http://ec.europa.eu
(10) Shahien Nasiripour, « Fed opens books, revealing European megabanks were biggest beneficiaries », Huffington Post, 10 janvier 2012.
(11) « Europe admits speculation taxes a WTO problem », Public Citizen, 30 avril 2010.
(12) Courrier de M. Demetrios Marantis, représentant américain au commerce, à M. John Boehner, porte-parole républicain à la Chambre des représentants, Washington, DC, 20 mars 2013,
http://ec.europa.eu
(13) « Final report. High level working group on jobs and growth » (PDF), 11 février 2013, http://ec.europa.eu
(14) « TAFTA’s trade benefit : A candy bar », Public Citizen, 11 juillet 2013.
 

2014-05-05

Russiavision

Russian politician condemns Eurovision as 'Europe-wide gay parade'
St Petersburg legislator Vitaly Milonov proposes boycott before demanding exclusion of Austrian drag-queen contestant

Alec Luhn in Moscow
theguardian.com, Wednesday 30 April 2014 14.19 BST

The Russian politician who inspired a controversial anti-gay law has found a new source of gay propaganda: the Eurovision song contest.
St Petersburg legislator Vitaly Milonov - who sponsored a local law against homosexual propaganda in 2011 that helped pave the way for a similar federal law last year - has written a letter to Russia's Eurovision selection committee asking it not to send Russian musicians to the 2014 competition in Copenhagen in May.
Calling the event a "Europe-wide gay parade", Milonov argued that Russian performers' participation would "contradict the path of cultural and moral renewal that Russia stands on today". In a tweet, the lawmaker called for a full boycott of the "Sodom show".
"Even just broadcasting the competition in Russia could insult millions of Russians," Milonov said in the letter, according to a statement from his press service.
"The participation of the obvious transvestite and hermaphrodite Conchita Wurst on the same stage as Russian singers on live television is blatant propaganda of homosexuality and spiritual decay."
Singer Thomas Neuwirth will represent Austria at Eurovision this year in his drag persona of Conchita Wurst. Milonov later tweeted that "completely boycotting" the show was not necessary, but said the "pervert from Austria" should be excluded.
Eurovision - taking place this year from 6-10 May - has long drawn Milonov's ire. He has previously called for his country to hold its own "Russiavision" showcasing "traditional values" - a term that President Vladimir Putin has also used to paint Russia as a bastion against western spiritual decline.
Milonov criticised Russia's state-owned Channel One last May for broadcasting the 2013 Eurovision contest, which he called "degradation in the style of Hollande", in reference to the French president, François Hollande, who had just signed a law legalising gay marriage.
The MP has also frequently attacked international performers, most recently seeking to ban Ukraine's most popular band, Okean Elzy, from Russia for supporting the Euromaidan protests that ousted its president, Viktor Yanukovych.
In 2012, he filed a complaint that Lady Gaga had violated the St Petersburg law against promoting homosexuality among minors when she called for respect for gay rights during her concert in the city. He also filed a complaint arguing that Lady Gaga and Madonna - who had called for gay people to be treated with dignity at a St Petersburg concert - had violated visa rules during their Russian tours.




Eurovision 2014: la Russie s'enflamme contre la candidate Conchita Wurst
Publié par Maëlle Le Corre
Après avoir demandé le boycott de la compétition, Vitali Milonov s'est insurgé contre la chanteuse "indéniablement travestie et hermaphrodite" qui foulera la même scène que des artistes russes.

À moins d'une semaine du concours de l'Eurovision qui se tiendra cette année à Copenhague, la candidature de Conchita Wurst continue de susciter la polémique. Plusieurs pays s'insurgent contre la chanteuse qui représente l'Autriche avec la chanson Rise Like A Phoenix, notamment la Russie, peu encline à soutenir une artiste qui se joue des genres.
"PROPAGANDE FLAGRANTE DE L'HOMOSEXUALITÉ"
C'est notamment Vitali Milonov, l'homme politique russe à l'origine de la loi criminalisant la "propagande homosexuelle" à Saint-Pétersbourg, qui est monté au créneau contre Conchita Wurst. Après avoir demandé un boycott du concours, il a préféré exigé le retrait de la candidate autrichienne. Dans une lettre, le député tient des propos particulièrement violents à son encontre, mais fustige aussi l'Eurovision en elle-même: "Ne serait-ce que diffuser cette compétition en Russie pourrait insulter des millions de Russes. La participation de Conchita Wurst, qui est indéniablement travestie et hermaphrodite sur la même scène que des chanteuses russes en direct à la télévision est une propagande flagrante de l'homosexualité et un déclin spirituel." Des pétitions russes ont par ailleurs recueilli plusieurs milliers de signatures: "Cette compétition internationale et populaire que nos enfants vont regarder est devenue le berceau de la sodomie à l'initiative des libéraux européens. La Russie est un des seuls pays européens qui cherche à maintenir des valeurs familiales normales et saines basées sur l'amour et le soutien mutuel entre homme et femme."
CONCHITA WURST A RÉPONSE À TOUT
Un candidat a aussi décidé d'ajouter son grain de sel au lynchage médiatique autour de Conchita Wurst, l'arménien Aram MP3, qui a qualifié le mode de vie de la chanteuse de "non naturel" et estimé qu'elle devait "choisir entre être un homme ou une femme". Avec la chanson Not Alone, Aram MP3 fait déjà partie des favoris pour remporter la compétition. Mais Conchita Wurst a répondu à son adversaire, avec le calme et la pédagogie qui la caractérisent:
"La barbe est une manière de dire qu'on peut accomplir tout ce qu'on veut, peu importe qui on est et à quoi on ressemble. Si vous avez un problème pour comprendre ça, alors je serai ravie de m'asseoir avec vous et de vous l'expliquer de façon plus détaillée."
Le chanteur arménien a depuis fait part de ses excuses pour ce qu'il a dit être une mauvaise blague.
Alors que le Danemark se prépare à relever le défi d'accueillir une édition encore plus LGBT-friendly que la précédente (souvenez-vous!), ce climat tendu autour de la candidate autrichienne va-t-il entacher la fête? Réponse à partir de demain où débuteront les festivités à Copenhague, et notamment les mariages de trente couples, dont trois couples homos russes.

 

2014-05-04