2013-10-30

Tolokonnikova




Depuis quelques jours, ses proches sont sans nouvelles de Nadejda Tolokonnikova, de son lieu de détention, de son sort, de son état de santé... 
Après deux grèves de la faim, la jeune femme demandait son transfert de la Colony 14, ce camp de Mordovie hérité du Goulag soviétique. Elle semble avoir effectivement été transférée mais les autorités pénitentiaires n'ont pas rendu public le nom de sa nouvelle prison. Des informations font état du centre de Tchéliabinsk dans l'Oural, mais ne peuvent être confirmées...
Cette situation ne rend que plus importante l'intervention de Jeanne Moreau en soutien aux Pussy Riot. L'actrice a choisi de lire la « Lettre du camp 14 de Mordovie », écrite par Nadejda Tolokonnikova fin septembre, alors qu'elle décidait d'entamer une première grève de la faim, lettre publiée dans son intégralité par Mediapart le 25 septembre. Jeanne Moreau, qui a accepté de lire cette lettre sur France Culture et Mediapart, s'en explique en ces termes : "Je suis révoltée par ce qui arrive à cette jeune femme dont la vie est en danger. Malheureusement, elle n’est pas la seule. À mon âge, je ne peux plus monter sur les barricades. Je prends la parole sur France Culture et Mediapart pour exprimer ma révolte. Je veux toucher le plus de monde possible pour dénoncer la condition des hommes et des femmes dans le monde. Il faut que les Français fassent attention au Front national et à l’extrême droite internationale."

http://www.mediapart.fr/journal/international/301013/jeanne-moreau-en-soutien-aux-pussy-riot-lit-la-lettre-du-camp-14-de-mordovie

2013-10-29

Pablo

Crommelynck showed me how to do the sugarlift properly, and I was so surprised that it always worked. Crommelynck had learned all the techniques from Lecourier [Lacourière] ; he had gone to work with him when he was nineteen. Lecourier was an old man then. He had tought Picsso how to etch and that's why how Aldo came to meet Picasso and do his etchings for twenty-five years, because when Lecourier died, Aldo became Picasso's etching printer. He said to me, after I'd been there a while and we got to know each other, It's a pity you didn't come earlier, you'd have really liked Pablo - he always refers to Picasso as Pablo - and he'd have really liked you. I would have loved to have met Picasso, if only once ; it would have been something to remember, a great thrill. Picasso died the day I left California. I was going with Leslie Caron to visit Jean Renoir, and I heard it on the radio in the car, and I told Jean Renoir when we got there. Jean Renoir was an old man, and he said What an un-Picasso thing to do.


Crommelynck m'a appris la vraie technique de la gravure au sucre, et j'ai été très étonné des résultats. Il tenait toutes ces techniques de Lecourier [Lacourière] chez qui il avait travaillé à dix-neuf ans. Lecourier était alors un vieillard. C'est lui qui avait appris la gravure à Picasso. C'est comme cela qu'Aldo rencontra Picasso et qu'il devint son éditeur à la mort de Lecourier. Nous sommes devenus amis, et Aldo me dit un jour : "C'est dommage que vous ne soyez pas venu plus tôt, vous auriez adoré Pablo - il parle toujours de Pablo et non de Picasso - et il vous aurait adoré." J'aurais aimé rencontrer Picasso, même une seule fois, cela m'aurait beaucoup impressionné, et je ne l'aurais jamais oublié. Picasso est mort le jour où j'ai quitté la Californie ; j'étais en voiture avec Leslie Caron et nous allions voir Jean Renoir ; je lui ai annoncé la mort de Picasso que je venais d'apprendre par la radio. Jean Renoir était un vieil homme et il me dit seulement : "Ca ne lui ressemble pas."

David Hockney by David Hockney, Thames & Hudson, London 1976
David Hockney par David Hockney, Chêne, 1976

Voila !







2013-10-28

Tolokonnikova

Jeanne Moreau a décidé de s'engager dans la défense du groupe de rock contestataire russe Pussy Riot et va lire mercredi dans les médias français une lettre de Nadejda Tolokonnikova, l'une des deux jeunes femmes emprisonnées, a annoncé à l'AFP le secrétariat de l'actrice.
«A mon âge, je ne peux plus monter sur les barricades. Je prends la parole pour exprimer ma révolte. Je veux toucher le plus de monde possible pour dénoncer ce qui arrive à cette jeune femme dont la vie est en danger», dit Jeanne Moreau. Son message sera diffusé intégralement mercredi à 12H00 sur l'antenne de France Culture, a annoncé la radio. Le site d'informations Mediapart diffusera dans la foulée l'enregistrement vidéo de l'intervention de l'actrice.
Dans une nouvelle lettre publiée le 19 octobre et transmise par une avocate, Nadejda Tolokonnikova a dit craindre «pour sa vie», dénonçant les «bourreaux» du système pénitentiaire russe.
La lettre que va lire Jeanne Moreau a été rédigée par la Pussy Riot depuis sa cellule du camp de travail n°14 de Mordovie. Elle y a repris une grève de la faim après y avoir été ramenée selon elle de force à l'issue de deux semaines d'hospitalisation.
Tolokonnikova, 23 ans, purge avec une autre jeune femme, comme elle mère d'un enfant en bas âge, une peine de deux ans de camp pour avoir chanté début 2012 une «prière punk» contre le président russe Vladimir Poutine dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.
AFP

2013-10-27


Miroir de sorcière


André Breton
Le sel de la semaine, entretien avec Judith Jasmin, Radio-Canada, 1960

2013-10-26

den lille havfrue


http://duttyfree.tumblr.com/image/65113009617

On the docks

Tango



Tango, Paula Lobo, 2012

Skulls





Georgina Hale, The Devils, Ken Russell, 1971 
Marie de Gonzague, duchesse de Mantoue, marquise de Monferrat (1609-1660) 
RATP ligne 75

2013-10-24

Beaucoup plus tard


Gérard Legrand, Beaucoup plus tard, collage, 1964-1983

Soap and the City


 
 
SOAP AND THE CITY
75 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris

2013-10-23

PC-14

Lettre du camp 14 de Mordovie
Publié le 29 septembre

Ce lundi 23 septembre, j'entame une grève de la faim. C'est une méthode extrême, mais je suis absolument certaine que, dans la situation où je me trouve, c'est la seule solution.
La direction de la colonie pénitentiaire refuse de m'entendre. Mais je ne renoncerai pas à mes revendications, je n'ai pas l'intention de rester sans rien dire et de regarder sans protester les gens tomber d'épuisement, réduits en esclavage par les conditions de vie qui règnent dans la colonie. J'exige le respect des droits de l'homme dans la colonie, j'exige le respect des lois dans ce camp de Mordovie. J'exige que nous soyons traitées comme des êtres humains et non comme des esclaves.
Voici un an que je suis arrivée à la colonie pénitentiaire n°14 du village de Parts. Les détenues le disent bien - « Qui n'a pas connu les camps de Mordovie n'a pas connu les camps tout court ». Les camps de Mordovie, j'en avais entendu parler alors que j'étais encore en préventive à la prison n°6 de Moscou. C'est là que le règlement est le plus sévère, les journées de travail les plus longues, et l'arbitraire le plus criant. Quand vous partez pour la Mordovie, on vous fait des adieux comme si vous partiez au supplice. Jusqu'au dernier moment chacune espère - « peut-être, quand même, ce ne sera pas la Mordovie ? Peut-être que j'y échapperai ?» Je n'y ai pas échappé, et à l'automne 2012 je suis arrivée dans cette région de camps sur les bords du fleuve Parts.
La Mordovie m'a accueillie par la voix du vice-directeur en chef du camp, le lieutenant-colonel Kouprianov, qui exerce de fait le commandement dans la colonie n°14 : « Et sachez que sur le plan politique, je suis un staliniste. » L'autre chef (ils dirigent la colonie en tandem), le colonel Koulaguine, m'a convoquée le premier jour pour un entretien dont le but était de me contraindre à reconnaître ma faute. « Il vous est arrivé un malheur. C'est vrai, non ? On vous a donné deux ans de camp. D'habitude, quand il leur arrive un malheur, les gens changent leur point de vue sur la vie. Vous devez vous reconnaître coupable pour avoir droit à une libération anticipée. Si vous ne le faites pas, il n'y aura pas de remise de peine. »
J'ai tout de suite déclaré au directeur que je n'avais l'intention d'effectuer que les huit heures de travail quotidiennes prévues par le Code du Travail. « Le Code du Travail, c'est une chose, mais l'essentiel, c'est de remplir les quotas de production. Si vous ne les remplissez pas, vous faites des heures supplémentaires. Et puis, on en a maté des plus coriaces que vous, ici ! », m'a répondu le colonel Koulaguine.
Toute ma brigade à l'atelier de couture travaille entre 16 et 17 heures par jour. De 7.30 à minuit et demie. Dans le meilleur des cas, il reste quatre heures de sommeil. Nous avons un jour de congé toutes les six semaines. Presque tous les dimanches sont travaillés. Les détenues déposent des demandes de dérogation pour travailler les jours fériés, « de leur propre initiative », selon la formule employée. En réalité, bien entendu, c'est tout sauf leur initiative, ces demandes de dérogation sont écrites sur l'ordre de la direction du camp et sous la pression des détenues qui relaient la volonté de l'administration.
Personne n'ose désobéir (refuser d'écrire une demande d'autorisation à travailler le dimanche, ne pas travailler jusqu'à une heure du matin). Une femme de 50 ans avait demandé à rejoindre les bâtiments d'habitation à 20 heures au lieu de minuit, pour pouvoir se coucher à 22h et dormir huit heures ne serait-ce qu'une fois par semaine. Elle se sentait mal, elle avait des problèmes de tension. En réponse, il y a eu une réunion de notre unité où on lui a fait la leçon, on l'a insultée et humiliée, on l'a traitée de parasite. « Tu crois que tu es la seule à avoir sommeil ? Il faudrait t'atteler à une charrue, grosse jument ! » Quand le médecin dispense de travail une des femmes de la brigade, là encore, les autres lui tombent dessus : « Moi je suis bien allée coudre avec 40 degrés de température ! Tu y as pensé, à qui allait devoir faire le travail à ta place  ?»
A mon arrivée, j'ai été accueillie dans ma brigade par une détenue qui touchait à la fin de ses neuf ans de camp. Elle m'a dit : « Les matons ne vont pas oser te mettre la pression. C'est les taulardes qui le feront pour eux. » Et en effet, le règlement est pensé de telle façon que ce sont les détenues qui occupent les fonctions de chef d'équipe ou de responsable d'unité qui sont chargées de briser la volonté des filles, de les terroriser et de les transformer en esclaves muettes.
Pour maintenir la discipline et l'obéissance dans le camp, il existe tout un système de punitions informelles : « rester dans la cour jusqu'à l'extinction des feux » (interdiction d'entrer dans les baraquements, que ce soit l'automne ou même l'hiver - dans l'unité n°2, celle des handicapées et des retraitées, il y a une femme à qui on a amputé un pied et tous les doigts des mains : on l'avait forcée à passer une journée entière dans la cour - ses pieds et ses mains avaient gelés), « barrer l'accès à l'hygiène » (interdiction de se laver et d'aller aux toilettes), « barrer l'accès au cellier et à la cafétéria » (interdiction de manger sa propre nourriture, de boire des boissons chaudes). C'est à rire et à pleurer quand une femme de 40 ans déclare « Allons bon, on est punies aujourd'hui ! Est-ce qu'ils vont nous punir demain aussi, je me demande  ?» Elle ne peut pas sortir de l'atelier pour faire pipi, elle ne peut pas prendre un bonbon dans son sac. Interdit.
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Obsédée par le sommeil, rêvant juste d'une gorgée de thé, la prisonnière exténuée, harcelée, sale devient un matériau docile à la merci de l'administration, qui ne voit en nous qu'une main-d'œuvre gratuite. En juin 2013, mon salaire était de 29 roubles (moins d'un euro !). Alors que la brigade produisait 150 uniformes de policier par jour. Où passe le produit de la vente de ces uniformes ? « Non mais tu te crois où ? C'est la Russie, ici, non ?»
A plusieurs reprises, le camp a touché des subsides pour changer complètement les équipements. Mais la direction s'est contentée de faire repeindre les machines à coudre par les détenues elles-mêmes. Nous devons coudre sur des machines obsolètes et délabrées. D'après le Code du Travail, si l'état des équipements ne correspond pas aux normes industrielles contemporaines, les quotas de production doivent être revus à la baisse par rapport aux quotas-type du secteur. Mais les quotas de production ne font qu'augmenter. Par à-coup et sans prévenir.
« Si on leur montre qu'on peut faire 100 uniformes, ils vont placer la barre à 120 ! », disent les ouvrières expérimentées. Or, on ne peut pas ne pas les faire - sinon toute l'équipe sera punie, toute la brigade. Elle sera obligée, par exemple, de rester plusieurs heures debout sur la place d'armes. Avec interdiction d'aller aux toilettes. Avec interdiction de boire une gorgée d'eau.
Voici deux semaines, le quota de production pour toutes les brigades de la colonie pénitentiaire a été arbitrairement augmenté de 50 unités. Si avant la norme était de 100 uniformes par jour, maintenant elle est de 150. D'après le Code du Travail, les travailleurs doivent être prévenus des changements de quotas de production au moins deux mois à l'avance. Dans la colonie n°14, nous nous réveillons un beau jour avec un nouveau quota, parce que c'est venu à l'idée de nos « marchands de sueur », c'est comme ça que les détenues ont surnommé la colonie. L'effectif de la brigade baisse (certaines sont libérées ou changent de camp), mais les quotas de production augmentent, et celles qui restent travaillent de plus en plus dur.
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Les mécaniciens nous disent qu'ils n'ont pas les pièces détachées nécessaires aux réparations, et qu'il ne faut pas compter dessus : « Quand est-ce qu'on va les recevoir ? Non mais tu te crois où pour poser des questions pareilles ? C'est la Russie, ici, non ?! »
En quelques mois à la fabrique de la colonie, j'ai pratiquement appris le métier de mécanicien. Par force et sur le tas. Je me jetais sur les machines le tournevis à la main, dans une tentative désespérée de les réparer. Tes mains ont beau être couvertes de piqûres d'aiguilles, d'égratignures, il y a du sang partout sur la table, mais tu essaies quand même de coudre. Parce que tu es un rouage de cette chaîne de production, et, ta part de travail, il est indispensable que tu la fasses aussi vite que les couturières expérimentées. Et cette fichue machine qui tombe tout le temps en panne !
Comme tu es la nouvelle, et vu le manque d'équipements de qualité au camp, c'est toi, bien sûr, qui te retrouves avec le pire moteur de la chaîne. Et voilà que le moteur tombe de nouveau en panne, tu te précipites à la recherche du mécanicien (qui est introuvable), les autres te crient dessus, t'accusent de faire capoter le plan, etc. Aucun apprentissage du métier de couturière n'est prévu dans la colonie. On installe la nouvelle à son poste de travail et on lui donne une tâche.
« Tu ne serais pas Tolokonnikova, ça fait longtemps qu'on t'aurait réglé ton compte » - disent les détenues qui sont en bons termes avec l'administration. Et en effet, les autres prennent des coups. Quand elles sont en retard dans leur travail. Les reins, le visage. Ce sont les détenues elles-mêmes qui frappent, mais pas de passage à tabac dans la colonie qui ne se produise sans l'aval de l'administration. Il y a un an, avant mon arrivée, on a battu à mort une tsigane dans l'unité n°3 (l'unité n°3 est l'unité punitive, c'est là que l'administration envoie celles qui doivent subir des passages à tabac quotidiens). Elle est morte à l'infirmerie de la colonie n°14. Qu'elle soit morte sous les coups, l'administration a réussi à le cacher : ils ont inscrit comme cause du décès une attaque cérébrale.
Dans une autre unité, les nouvelles couturières, qui n'arrivaient pas à remplir la norme, ont été forcées de se déshabiller et de travailler nues. Personne n'ose porter plainte auprès de l'administration, parce que l'administration te répondra par un sourire et te renverra dans ton unité, où, pour avoir « mouchardé », tu seras rouée de coups sur ordre de cette même administration. Ce bizutage contrôlé est un moyen pratique pour la direction de la colonie de soumettre complètement les détenues à un régime de non-droit.
Il règne dans l'atelier une atmosphère de nervosité toujours lourde de menaces. Les filles, en manque constant de sommeil et perpétuellement stressées par cette course inhumaine à la production, sont prêtes à exploser, à hurler, à se battre sous le moindre prétexte. Il n'y a pas longtemps, une jeune fille a reçu un coup de ciseaux à la tempe parce qu'elle n'avait pas fait passer un pantalon assez vite. Une autre fois, une détenue a tenté de s'ouvrir le ventre avec une scie. On a réussi à l'en empêcher.
Celles qui étaient à la colonie n°14 en 2010, l'année des incendies (de forêt) et de la fumée, racontent qu'alors que l'incendie se rapprochait des murs d'enceinte les détenues continuaient de se rendre au travail et de remplir leur norme. On ne voyait pas à deux mètres à cause de la fumée, mais les filles avaient attaché des foulards humides autour de leur visage et continuaient de coudre. L'état d'urgence faisaitqu'on ne les conduisait plus au réfectoire. Certaines femmes m'ont raconté qu'elles avaient atrocement faim, et qu'elles tenaient un journal pour noter toute l'horreur de ces journées. Une fois les incendies éteints, les services de sécurité ont fouillé les baraquements de fond en comble et confisqué tous ces journaux, afin que rien ne transparaisse à l'extérieur.
Les conditions sanitaires à la colonie sont pensées pour que le détenu se sente comme un animal sale et impuissant. Et bien qu'il y ait des sanitaires dans chaque unité, l'administration a imaginé, dans un but punitif et pédagogique, un « local sanitaire commun » : c'est à dire une pièce prévue pour 5 personnes, où toute la colonie (800 personnes) doit venir se laver. Nous n'avons pas le droit de nous laver dans les sanitaires de nos baraquements, ce serait trop pratique !
Dans le « local sanitaire commun », c'est la bousculade permanente, et les filles, armées de bassines, essaient de laver au plus vite « leur nounou » (c'est comme ça qu'on dit en Mordovie), quitte à se grimper les unes sur les autres. Nous avons le droit de nous laver les cheveux une fois par semaine. Mais même cette « journée de bain » est parfois annulée. La raison - une pompe qui a lâché, une canalisation qui est bouchée. Il est arrivé qu'une unité ne puisse pas se laver pendant deux ou trois semaines.
Quand un tuyau est bouché, l'urine reflue depuis les sanitaires vers les dortoirs et les excréments remontent par grappes. Nous avons appris à déboucher nous-mêmes les canalisations, mais la réparation ne tient pas longtemps, elles se bouchent encore et encore. Il n'y a pas de furet pour déboucher les tuyaux dans la colonie. La lessive a lieu une fois par semaine. La buanderie, c'est une petite pièce avec trois robinets d'où coule un mince filet d'eau froide.
Toujours dans un but éducatif, il faut croire, on ne donne aux détenues que du pain dur, du lait généreusement coupé d'eau, des céréales toujours rances et des pommes de terres pourries. Cet été la colonie a reçu une grosse livraison de tubercules noirâtres et gluants. Qu'on nous a fait manger.
« On peut tout supporter. Tout ce qui ne concerne que soi »
On parlerait sans fin des conditions de vie et de travail dans la colonie n°14. Mais le reproche principal que je fais à cette colonie est d'un autre ordre. C'est que l'administration emploie tout son possible pour empêcher que la moindre plainte, la moindre déclaration concernant la colonie n°14 ne sorte de ses murs. Le plus grave, c'est que la direction nous contraint au silence. Sans reculer devant les moyens les plus bas et les plus vicieux. De ce problème découlent tous les autres - les quotas de travail excessifs, la journée de travail de 16 heures etc.
La direction se sent invulnérable et n'hésite pas à opprimer toujours plus les détenues. Je n'arrivais pas à comprendre les raisons pour lesquelles tout le monde se taisait avant d'avoir à affronter moi-même la montagne d'obstacles qui se dresse en face du détenu qui a décidé d'agir. Les plaintes ne peuvent pas sortir du territoire de la colonie. La seule chance, c'est de faire passer sa plainte par son avocat ou sa famille. L'administration, mesquine et rancunière, emploie tous les moyens de pression pour que le détenu comprenne que sa plainte n'arrangera rien pour personne. Elle ne fera que rendre les choses pires. La direction a recours aux punitions collectives : tu te plains qu'il n'y ait pas d'eau chaude ? On coupe l'eau complètement.
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En mai 2013, mon avocat Dmitri Dinze a déposé devant le Parquet Général une plainte visant les conditions de vie dans la colonie n°14. Le lieutenant-colonel Kouprianov, directeur-adjoint du camp, a aussitôt instauré des conditions intenables dans le camp : fouilles et perquisitions à répétition, rapports sur toutes les personnes en relation avec moi, confiscation des vêtements chauds et menace de confisquer aussi les chaussures chaudes. Au travail, ils se sont vengés en donnant des tâches de couture particulièrement complexes, en augmentant les quotas de production et en créant artificiellement des défauts. La chef de la brigade voisine de la mienne, qui est le bras droit du lieutenant-colonel Kouprianov, incitait ouvertement les détenues à lacérer la production dont je suis responsable à l'atelier, afin qu'on m'envoie au cachot pour « dégradation de biens publics. » La même femme a ordonné à des détenues de son unité de me provoquer à une rixe.
On peut tout supporter. Tout ce qui ne concerne que soi-même. Mais la méthode de responsabilité collective en vigueur dans la colonie a des conséquences plus graves. Ce que tu fais, c'est toute ton unité, tout le camp qui en souffre. Et le plus pervers - souffrent toutes celles qui te sont devenues chères. Une de mes amies a été privée de sa libération anticipée, libération qu'elle essayait depuis sept ans de mériter par son travail, remplissant et dépassant même son quota de production : elle a reçu un blâme parce que, elle et moi, nous avons pris ensemble un verre de thé. Le jour même, le lieutenant-colonel Kouprianov l'a transférée dans une autre unité.
Une autre de mes connaissances, une femme très cultivée, a été envoyée dans l'unité punitive, où elle est battue tous les jours, parce qu'elle a lu et commenté avec moi le document intitulé « Règlement intérieur des centres pénitentiaires ». Des rapports ont été constitués sur toutes les personnes qui sont en contact avec moi. Ce qui me faisait mal, c'était de voir persécuter des femmes qui me sont proches. Le lieutenant-colonel Kouprianov m'a dit alors en ricanant - « Il ne doit plus te rester beaucoup d'amies ! ». Et il a expliqué que, tout cela, c'était à cause de la plainte de mon avocat.
A présent je comprends que j'aurais déjà dû déclarer ma grève de la faim dès le mois de mai, dans la situation d'alors. Mais devant la pression terrible que l'administration mettait sur les autres détenues, j'avais suspendu mes plaintes contre la colonie.
Il y a trois semaines, le 30 août, j'ai adressé au lieutenant-colonel Kouprianov une requête pour qu'il accorde à toutes les détenues de ma brigade 8 heures de sommeil. Il s'agissait de réduire la journée de travail de 16 à 12 heures. « Très bien, à partir de lundi la brigade ne va travailler que huit heures », a-t-il répondu. Je sais que c'est un piège parce qu'en huit heures, il est physiquement impossible de remplir notre quota de couture. Et du coup la brigade n'y arrivera pas et sera punie.
« Et si elles apprennent que tout ça, c'est de ta faute, a continué le lieutenant-colonel, plus jamais tu ne te sentiras mal, parce que, dans l'autre monde, on se sent toujours bien. » Le lieutenant-colonel a fait une pause et a ajouté : « Dernière chose : ne demande jamais pour les autres. Demande seulement pour toi. Ca fait des années que je travaille dans les camps, et tous ceux qui viennent me demander quelque chose pour quelqu'un d'autre - ils vont directement au cachot en sortant de mon bureau. Toi, tu seras la première à qui ça n'arrivera pas. »
Les semaines qui ont suivi, dans l'unité et à l'atelier, les conditions ont été insupportables pour moi. Les détenues proches de l'administration ont commencé à inciter les autres à la vengeance : « Voilà, vous êtes punies pour une semaine : interdiction de prendre le thé et de manger en dehors du réfectoire, suppression des pauses toilettes et cigarettes. A partir de maintenant, vous serez punies tout le temps si vous ne changez pas de comportement envers les nouvelles et Tolokonnikova en particulier - faites leur ce qu'on vous a fait, à vous. On vous a bien cognées, non ? On vous a bien cassé la gueule ? Eh bien, défoncez-les, elles aussi. Pour ça, personne ne vous dira rien. »
Plus d'une fois on a essayé de provoquer des conflits et des rixes avec moi, mais quel sens ça aurait d'entrer en conflit avec des femmes qui ne sont pas libres de leurs actes et agissent sur ordre de l'administration ? 
Les détenues de Mordovie ont peur de leur ombre. Elles sont terrorisées. Et si hier encore elles étaient bien disposées à mon égard et imploraient « Fais quelque chose pour les 16 heures de travail ! », après la pression que la direction a fait peser sur moi, elles ont peur même de m'adresser la parole.
J'ai proposé à l'administration d'apaiser ce conflit, de mettre fin à la tension artificiellement entretenue contre moi par les détenues soumises à l'administration, ainsi qu'à l'esclavage de la colonie toute entière en réduisant la journée de travail, et en ramenant le quota de production à la norme prévue par la loi. Mais en réponse la pression est encore montée d'un cran. C'est pourquoi, à partir de ce lundi 23 septembre, j'entame une grève de la faim et je refuse de participer au travail d'esclave dans le camp, tant que la direction ne respectera pas les lois et ne traitera pas les détenues non plus comme du bétail offert à tous les arbitraires pour les besoins de la production textile, mais comme des personnes humaines.

Nadedja Tolokonnikova
traduction d'André Markowicz
http://rebellyon.info/?Pussy-Riot-Lettre-du-camp-14-de




Pussy Riot's Nadezhda Tolokonnikova attends court in 2012. Photograph: Aleshkovsky Mitya/ Aleshkovsky Mitya/ITAR-TASS Photo/Corbis

Beginning Monday, 23 September, I am going on hunger strike. This is an extreme method, but I am convinced that it is my only way out of my current situation.
The penal colony administration refuses to hear me. But I, in turn, refuse to back down from my demands. I will not remain silent, resigned to watch as my fellow prisoners collapse under the strain of slavery-like conditions. I demand that the colony administration respect human rights; I demand that the Mordovia camp function in accordance with the law. I demand that we be treated like human beings, not slaves.
It has been a year since I arrived at Penal Colony No 14 in the Mordovian village of Parts. As the prisoner saying goes: "Those who never did time in Mordovia never did time at all." I started hearing about Mordovian prison colonies while I was still being held at Pre-Trial Detention Centre No 6 in Moscow. They have the highest levels of security, the longest workdays, and the most flagrant rights violation. When they send you off to Mordovia, it is as though you're headed to the scaffold. Until the very last moment, they keep hoping: "Perhaps they won't send you to Mordovia after all? Maybe it will blow over?" Nothing blew over, and in the autumn of 2012, I arrived at the camp on the banks of the Partsa River.
Mordovia greeted me with the words of the deputy chief of the penal colony, Lieutenant Colonel Kupriyanov, who is the de facto head administrator of our colony. "You should know that when it comes to politics, I am a Stalinist." Colonel Kulagin, the other head administrator - the colony is run in tandem - called me in for a conversation on my first day here with the objective to force me to confess my guilt. "A misfortune has befallen you. Isn't that so? You've been sentenced to two years in the colony. People usually change their minds when bad things happen to them. If you want to be paroled as soon as possible, you have to confess your guilt. If you don't, you won't get parole." I told him right away that I would only work the 8 hours a day required by the labour code. "The code is one thing - what really matters is fulfilling your quota. If you don't, you work overtime. You should know that we have broken stronger wills than yours!" was Kulagin's response.
My brigade in the sewing shop works 16 to 17 hours a day. From 7.30am to 12.30am. At best, we get four hours of sleep a night. We have a day off once every month and a half. We work almost every Sunday. Prisoners submit petitions to work on weekends "out of [their] own desire". In actuality, there is, of course, no desire to speak of. These petitions are written on the orders of the administration and under pressure from the prisoners that help enforce it.
No one dares to disobey these orders and not submit such petitions regarding entering the work zone on Sunday, which means working until 1 am. Once, a 50-year-old woman asked to go back to the residential zone at 8pm instead of 12.30am so she could go to bed at 10 pm and get eight hours of sleep just once a week. She was feeling ill; she had high blood pressure. In response, they held a unit meeting in order to take the woman down, insult and humiliate her, branding her a parasite. "What, do you think you're the only one who wants more sleep? You need to work harder, you cow!" When someone from the brigade doesn't come to work on doctor's orders, they're bullied as well. "I worked when I had a fever of 40C and it was fine. What are you thinking -w ho is going to pick up the slack for you?"
My residential unit in the camp greeted me with the words of a fellow prisoner finishing off her nine-year term. "The pigs are scared to touch you themselves. They want to do it with the hands of the inmates." In the colony, the inmates in charge of the brigades as well as their senior members are the ones tasked with depriving fellow inmates' rights, terrorising them, and turning them into speechless slaves - all on the orders of the administration.
For the maintenance of discipline and obedience, there is a widely implemented system of unofficial punishments. Prisoners are forced to "stay in the lokalka [a fenced-off passageway between two areas in the camp] until lights out" (the prisoner is forbidden to go into the barracks - whether it be autumnl or winter. In the second brigade, consisting of the disabled and elderly, there was a woman who ended up getting such bad frostbite after a day in the lokalka they had to amputate her fingers and one of her feet); "lose hygiene privileges" (the prisoner is forbidden to wash themselves or use the bathroom); "lose commissary and tea-room privileges" (the prisoner is forbidden to eat their own food, or drink beverages). It's both funny and frightening when a 40-year-old woman tells you: "Looks like we're being punished today! I wonder whether we're going to be punished tomorrow, too." She can't leave the sewing workshop to pee or get a piece of candy from her purse. It's forbidden.
Thinking only of sleep and a sip of tea, the harassed and dirty prisoner becomes obedient putty in the hands of the administration, which sees us solely as free slave labor. Thus, in June 2013, my salary was 29 (29!) rubles [57p] for the month. Our brigade sews 150 police uniforms per day. Where does the money they get for them go?
The camp has been allocated funding to buy completely new equipment a number of times. However, the administration has limited itself to repainting the sewing machines with the hands of its labourers. We sew using physically and morally exhausted machinery. According to the labour code, when equipment does not correspond with current industry standards, quotas must be lowered in relation to typical trade conventions. But the quotas only rise, and suddenly and miraculously at that. "If you let them see that you can deliver 100 uniforms, they'll raise the minimum to 120!" say veteran machine-runners. And you can't fail to deliver, either, or else your whole unit will be punished, the entire brigade. The punishment will be, for instance, that all of you will be forced to stand in the quad for hours. Without permission to use the bathroom. Without permission to take a sip of water.
Two weeks ago, the production quotas for all colony brigades was arbitrarily increased by 50 units. If previously the minimum had been 100 uniforms per day, now it is 150. According to the labour code, workers must be notified of a change in the production quota no less than two months before it is enforced. At PC-14, we just woke up one day to find we had a new quota because the idea happened to have popped into the heads of the administrators of our "sweatshop" (that's what the prisoners call the colony). The number of people in the brigade decreases (they are released or transferred), but the quota grows. As a result, those left behind have to work harder and harder. The mechanics say that they don't have the parts necessary to repair the machinery and that they will not be getting them. "There are no parts! When will they come? Are you kidding? This is Russia. Why even ask that question?" During my first few months in the work zone, I practically became a mechanic. I taught myself out of necessity. I threw myself at my machine, screwdriver in hand, desperate to fix it. Your hands are pierced with needle-marks and covered in scratches, your blood is all over the work table, but still, you keep sewing. You are a part of the assembly line, and you have to complete your task as well as the experienced sewers. Meanwhile, the damn machine keeps breaking down. Because you're new and there's a deficit, you end up with the worst equipment - the weakest motor on the line. And now it's broken down again, and once again, you run to find the mechanic, who is impossible to find. They yell at you, they berate you for slowing down production. There are no sewing classes at the colony, either. Newbies are unceremoniously sat down in front of their machines and given their assignments.
"If you weren't Tolokonnikova, you would have had the shit kicked out of you a long time ago," say fellow prisoners with close ties to the administration. It's true: others are beaten up. For not being able to keep up. They hit them in the kidneys, in the face. Prisoners themselves deliver these beatings and not a single one of them is done without the approval and full knowledge of the administration. A year ago, before I came here, a gypsy woman in the third unit was beaten to death (the third is the pressure unit where they put prisoners that need to undergo daily beatings). She died in the medical unit of PC-14. The administration was able to cover it up: the official cause of death was a stroke. In another unit, new seamstresses who couldn't keep up were undressed and forced to sew naked. No one dares complain to the administration because all they will do is smile and send the prisoner back into the unit, where the "snitch" will be beaten on the orders of that same administration. For the colony administration, controlled hazing is a convenient method for forcing prisoners into total submission to their systemic abuse of human rights.
A threatening, anxious atmosphere pervades the work zone. Eternally sleep-deprived, overwhelmed by the endless race to fulfill inhumanly large quotas, prisoners are always on the verge of breaking down, screaming at each other, fighting over the smallest things. Just recently, a young woman got stabbed in the head with a pair of scissors because she didn't turn in a pair of pants on time. Another tried to cut her own stomach open with a hacksaw. They stopped her.
Those who found themselves in PC-14 in 2010, the year of smoke and fire, said that while the wildfires were approaching the colony walls, prisoners continued to go to the work zone and fulfill their quotas. Due to the smoke, you couldn't see two metres in front of you, but, covering their faces in wet handkerchiefs, they all went to work nonetheless. Because of the emergency conditions, prisoners weren't taken to the cafeteria for meals. Several women told me that they were so horribly hungry they started writing diaries in order to document the horror of what was happening to them. When the fires were finally put out, camp security thoroughly rooted these diaries out so that none of them would make it to the outside.
The hygienic and residential conditions of the camp are calculated to make the prisoner feel like a filthy animal without any rights. Although there are "hygiene rooms" in the dormitories, there is also "general hygiene room" with a corrective and punitive purpose. This room has a capacity of five; however, all 800 colony prisoners are sent there to wash themselves. We do not have to wash ourselves in the hygiene rooms in our barracks - that would be too easy. In the "general hygiene room", in the eternal press, women with little tubs attempt to wash their "nursemaids" (as they call them in Mordovia) as fast as they can, heaped onto one another. We are allowed to wash our hair once a week. However, even this bathing day gets cancelled. A pump will break or the plumbing will be stopped up. At times, my unit was unable to bathe for two to three weeks.
When the plumbing breaks down, urine splashes and clumps of faeces fly out of the hygiene rooms. We've learned to unclog the pipes ourselves, but our successes are short-lived - they soon get stopped up again. The colony does not have a snake for cleaning out the pipes. We get to do laundry once a week. The laundry is a small room with three faucets pouring weak streams of cold water.
It must also be a corrective measure to only give prisoners stale bread, heavily watered-down milk, exclusively rusted millet and rotten potatoes. This summer, they brought in sacks of slimy, black potatoes in bulk. Then they fed them to us.
The living and working-condition violations at PC-14 are endless. However, my main and most important grievance is bigger than any one of these. It is that the colony administration prevents any complaints or claims regarding conditions at PC-14 from leaving colony walls by the harshest means available. The administration forces people to remain silent. It does not scorn stooping to the very lowest and cruelest means to this end. All of the other problems come from this one - the increased quotas, the 16-hour work day, and so on. The administration feels untouchable; it heedlessly oppresses prisoners with growing severity. I couldn't understand why everyone kept silent until I found myself faced with the avalanche of obstacles that falls on the prisoner who decides to speak out. Complaints simply do not leave the prison. The only chance is to complain through a lawyer or relatives. The administration, petty and vengeful, will meanwhile use all of its mechanisms for putting pressure on the prisoner so she will see that her complaints will not help anyone, but only make thing worse. They use collective punishment: you complain there's no hot water, and they turn it off entirely.
In May 2013, my lawyer Dmitry Dinze filed a complaint about the conditions at PC-14 with the prosecutor's office. The deputy head of the colony, Lieutenant Colonel Kupriyanov, instantly made conditions at the camp unbearable. There was search after search, a flood of reports on all of my acquaintances, the seizure of warm clothes, and threats of seizure of warm footwear. At work, they get revenge with complicated sewing assignments, increased quotas, and fabricated malfunctions. The leaders of the unit next to mine, Lieutenant Colonel Kupriyanov's right hands, openly requested that prisoners interfere with my work output so that I could be sent to the punishment cell for "damaging government property." They also ordered prisoners to provoke a fight with me.
It is possible to tolerate anything as long as it only affects you. But the method of collective punishment is bigger than that. It means that your unit, or even the entire colony, is required to endure your punishment along with you. This includes, worst of all, people you've come to care about. One of my friends was denied parole, for which she had been awaiting seven years, working hard to exceed her work quotas. She was reprimanded for drinking tea with me. That day, Lieutenant Colonel Kupriyanov transferred her to another unit. Another close acquaintance of mine, a very well-educated woman, was thrown into the "stress unit" for daily beatings because she was reading and discussing a Justice Department document with me, entitled: "Regulations for the code of conduct at correctional facilities." They filed reports on everyone who talked to me. It hurt me that people I cared about were forced to suffer. Grinning, Lieutenant Colonel Kupriyanov told me then, "You probably don't have any friends left!" He explained that everything was happening because of Dinze's complaint.
Now I see that I should have gone on hunger strike in May when I was first found myself in this situation. However, the tremendous pressure that the administration had put on my fellow prisoners due to my actions led me to stop the process of filing complaints about the conditions in the colony.
Three weeks ago, on 30 August, I asked Lieutenant Colonel Kupriyanov to grant the prisoners in my work brigade eight hours of sleep. We were discussing decreasing the workday from 16 to 12 hours. "Fine, starting Monday, the brigade will only work for eight hours at a time," he replied. I knew this was another trap because it is physically impossible to fulfill the increased quota in 8 hours. Thus, the brigade will not have time and subsequently face punishment. "If anyone finds out that you're the one behind this, you'll never complain again," the Lieutenant Colonel continued. "After all, there's nothing to complain about in the afterlife." Kupriyanov paused. "And finally, never request things for other people. Only ask for things for yourself. I've been working in the camps for many years, and those who come to me asking for things for other people go directly from my office to the punishment cell. You're the first person this won't happen to."
Over the course of the following weeks, life in my unit and work brigade became impossible. Prisoners with close ties to the administration began egging on the others to get revenge. "You're forbidden to have tea and food, from taking bathroom breaks, and smoking for a week. Now you're always going to be punished unless you start behaving differently with the newbies and especially with Tolokonnikova. Treat them like the old-timers used to treat you. Were you beaten? Of course you were. Did they rip your mouths? They did. Fuck them up. You won't get punished."
Over and over, they attempt to get me to fight one of them, but what's the point of fighting with people who aren't in charge of themselves, who are only acting on the orders of the administration?
Mordovian prisoners are afraid of their own shadows. They are completely terrified. If only yesterday they were well-disposed toward you and begging, "Do something about the 16 hour work day!" after the administration started going after me, they're afraid to even speak to me.
I turned to the administration with a proposal for dealing with the conflict. I asked that they release me from the pressure manufactured by them and enacted by the prisoners they control; that they abolish slave labour at the colony by cutting the length of the workday and decreasing the quotas so that they correspond with the law. The pressure has only increased. Therefore, beginning 23 September, I am going on hunger strike and refusing to participate in colony slave labor. I will do this until the administration starts obeying the law and stops treating incarcerated women like cattle ejected from the realm of justice for the purpose of stoking the production of the sewing industry; until they start treating us like humans.

Translation: Bela Shayevich of n+1 magazine, which has covered the Pussy Riot case extensively

2013-10-22

Tout va mieux


2013-10-21

Selfie



Jacqui Stockdale ‘Selfie’ 2013
Duratrans and lightbox 100 x 50 x 9 cm
Courtesy of the artist and Helen Gorie Galerie, Melbourne
Selfie- National Self-Portrait Award 2013
http://cargocollective.com/jacquistockdalenews/Selfie-National-Self-Portrait-Award-2013

2013-10-20

2013-10-19

L'absinthe



They drank absinth
Like water
One was Verlaine
The other was Rimbaud
To write poems
One doesn't drink water
You are not Verlaine
You are not Rimbaud
But when you say I love you
God it is beautiful
More than a poem
Of Verlaine or Rimbaud

Though I like to hear
On and on
The lovers' song
When it rains on the town
The lovers' song
When it rains in my heart
And when one's soul is grey
And the violins weep
Though I want to hear it
On and on
You know that I get drunk
Like the drunken boat
With the song of those
Who are in love and die
And if my soul is grey
You'll dry my tears

They drank absinth
Like water
But one was Verlaine
The other was Rimbaud
To write poems
You don't drink water
Today "I love you"
Is written in three words
Gone the long poems
And the music of words
Which made Verlaine dizzy
And Rimbaud drunk

I would like to know
Those golden alcohols which overwhelmed their hearts
And quenched their pain
Oh make me kow
Those golden alcohols which overwhelm our hearts
And run in our veins
Pour me some to drink
On and on 
Then I get drunk
I am your drunken boat
With you I drift
Il love you and I die

Haze of absinth
Make me dizzy
I see flowers growing
On the velvet curtains
What is this moaning
Heavy like a sobbing

Those ones are back
On and on
In the frozen winter wind
Hear them crawling
Verlaine's hung men
Rimbaud's drowned ones
Frozen by Death
In the Seine black waters
It hurts hearing them
On and on
Oh that drunken boat
Make us drift
Let it sink in waters
And with you let me die

We drank absinth
Like water
And I love you I love you
God it is beautiful
More than a poem
Of Verlaine or Rimbaud

Roosevelt Hotel Los Angeles





http://popcurious.com/socalpools David Hockney, "Brian Los Angeles Sunday 21st March 1982," 1982. Composite Polaroid.
http://instagram.com/p/PRVEl/ David Hockney pool at the Roosevelt Hotel
https://www.artsy.net/artist/david-hockney

2013-10-16

Les Indiens dans Paris

 
Les étudiants montmartrois costumés en "Peaux rouges" se rendent à Meudon donner une représentation des moeurs de ces tribus au profit de l'orphelinat aux armées : [photographie de presse] / Agence Meurisse, Paris : diff. par l'Agence Meurisse, 1920, Meurisse, 82675.

2013-10-12

Dejima 出島

 
Magazin de la Compagnie dans l’Isle de Disma
De Logie voor Nangasacki op t’Eylandt Schisma
A Leide, Chez Pierre vander Aa
La galerie agréable du monde, où l'on voit en un grand nombre de cartes très exactes et de belles tailles douces les principaux empires, roïaumes, républiques, provinces, villes, bourgs et forteresses ...les îles, côtes rivières, ports de mer...les antiquitez, les abbayes, églises, académies...comme aussi les maisons de campagne, les habillemens et moeurs des peuples...dans les quatre parties de l'univers. Divisée en LXVI tomes, les estampes aiant été dessinées sur les lieux et gravées exactement par les célèbres Luyken, Mulder, Goerée, Baptist, Stopendaal et par d'autres maîtres renomez.... Japon et Païs d'Eso / Pieter vander AA. - Leide : Pieter vander AA, [1729]