2012-09-22

Jour d'automne

Seigneur, il est temps.
Que l'été fut immense!
Pose ton ombre sur les heures de soleil
Et livre aux vents l'espace des prairies.
Que sur ton ordre les derniers fruits s'arrondissent.
Accorde-leur encor deux journées brûlantes,
Qu'ils soient contraints à la maturité — et glisse
Aux veines du vin lourd une dernière douceur.
Qui est sans demeure maintenant ne s'en bâtira plus.
Qui est seul maintenant gardera longtemps sa solitude.
A lui les veilles, les lectures, les longues lettres que l'on compose.
Et le long des allées, de-ci, de-là,
Il ira sans repos parmi les feuilles moribondes.

Rainer Maria Rilke
Cahiers Gustave Roud 6 : Proses éparses, Association des Amis de Gustave Roud, 1989