2011-06-30

Through the Looking Glass


Valerie N Edwards

2011-06-29

Through the Looking Glass




Alice Through the Looking Glass, De l'autre côté du miroir, Jeanne Argent, 1990
Guildford's Castle Grounds, Guilford Surrey UK
marczu, panoramio.com
www.lakedistrictnow.net
marczu, panoramio.com

2011-06-28

2011-06-26

Barbra & Burt

Through the looking glass




Robert Mapplethorpe & Patti Smith, Judy Linn,
Jesse McBride, Robert Mapplethorpe, 1976
Jesse McBride, Judy Linn, 1990

Through the looking glass




2011-06-25

2011-06-24

Up the sandbox



















Barbra Streisand, Up The Sandbox, Irvin Kershner, after Anne Roiphe, 1972

2011-06-23

Chroma


lisapartage.blog.lemonde.fr

2011-06-21

2011-06-20

Day for Night


La nuit américaine (Day for Night), François Truffaut, 1973

2011-06-18


Juan Carlos Casado

Japon

Un mois après le séisme, cinq artistes japonais témoignent
Par Ariane Bavelier, Valérie Duponchelle, Bruno Jacquot, Christian Merlin
www.lefigaro.fr
12/04/2011 | Mise à jour : 11:43

Chef d'orchestre, chorégraphe, photographes, écrivain… Ils livrent leurs réflexions.

Un mois après le tsunami qui a frappé le Japon, la terre a à nouveau tremblé dans l'Archipel hier. Dans la culture japonaise, la place de l'homme est fragile face aux forces de la nature. Mais cette fois-ci, la catastrophe naturelle se double d'une catastrophe nucléaire. C'est ce que ne manquent pas de souligner les cinq artistes qui ont accepté de témoigner dans Le Figaro et de livrer leurs réflexions sur le sens du drame qui touche leur pays.

Seiji Ozawa, chef d'orchestre. Il a notamment dirigé le Boston Symphony Orchestra pendant trente ans.
«Partir? À quoi bon?»
«J'ai pensé un instant à partir, mais à quoi bon? À Tokyo, tout va bien, vous savez. L'esprit de révolte ou de lamentation est étranger au caractère japonais et j'avoue que je suis moi-même admiratif de cette force. J'aimerais savoir d'où elle vient. Je crois qu'elle a quelque chose de religieux. Ma mère était chrétienne, mon père bouddhiste : je pense que je crois en Dieu… Obligé d'annuler tous mes concerts pendant plus d'un an à cause de ma santé, je suis maintenant impatient de revenir au pupitre. J'espère bien être présent Salle Gaveau à Paris le 6 juillet pour encadrer les jeunes musiciens de mon académie, la Seiji Ozawa International Academy Switzerland, et en août, je serai au festival de Matsumoto, que j'ai fondé, pour diriger mes amis de l'Orchestre Saito Kinen avant une petite tournée en Chine. Je me suis remis d'un cancer puis d'une opération du dos, ce n'est pas un tremblement de terre qui va m'arrêter.»

Shomei Tomatsu, photographe. Né en 1930, il a notamment réalisé des séries sur Nagasaki dix ans après le bombardement de la ville en 1945.
«La civilisation qui a été trop vite»
«Le 11 mars, j'étais à Okinawa, fort loin du Nord et de la catastrophe. J'ai regardé les images de ce désastre à la TV. Un peu. Je n'ai pas recherché l'avalanche d'images. La réalité est bien plus dure que les seules visions de ces villages engloutis. On ne peut pas traduire pareil drame en mots. Le fait qu'il y ait tant de victimes est en soi un tournant pour le Japon. La force de la nature, incroyable, rappelle à l'homme le grand dommage qu'il a exercé sur elle. Rien à voir avec Hiroshima et Nagasaki: c'était une bombe. À Nagasaki, j'avais vu et suivi toutes ces victimes de la bombe (série Nagasaki et Scars). Cette fois-ci, la radioactivité s'échappe de façon invisible, menaçant d'irradier les gens d'une autre façon, moins spectaculaire, plus lente. C'est la défaite de la science qui perd tout contrôle, la défaite de la civilisation qui a été trop vite, la mise en évidence de notre dépendance à l'égard de l'énergie nucléaire. Que faire? Il serait bien qu'on pense à se débarrasser de ces centrales, même si je n'ai pas de solution scientifique ou concrète de rechange. L'électricité nucléaire a d'abord été perçue comme une avancée de la civilisation. Le problème des découvertes scientifiques, c'est qu'elles sont sans limites. »

Rinko Kawauchi, photographe. Née en 1972, elle a exposé en 2005 à la Fondation Cartier et à Paris Photo en 2008.
«Comme un test spirituel»
«J'étais à Tokyo le 11 mars, dans mon quartier résidentiel à 15 minutes de métro de Shibuya (le centre-ville très animé). J'étais dans mon appartement en train de travailler à l'impression de tirages. J'ai pensé: « The Big One arrive, finalement ! » Je savais que Tokyo était un lieu probable de tremblement de terre majeur dans un futur proche. L'image qu'il me restera du drame, c'est ce tsunami qui emporte tout, maisons et voitures. C'était bien plus calme que je ne l'avais imaginé. N'étant pas sur place, j'ai eu le réflexe de photographier l'écran de ma TV où l'on voit les secours tenter d'arroser la centrale nucléaire, de combattre un ennemi invisible et inconnu. Je ne fais pas le lien avec la Seconde Guerre mondiale, dont je n'ai d'ailleurs pas de mémoire familiale. Je l'ai ressenti comme un test spirituel, il y a tant de métaphores de notre temps dans ce drame. J'espère que nous en débattrons et que nous dépasserons ensemble ce cap. Les Japonais ont une culture de la patience, du sacrifice et du contrôle de soi, nous l'apprenons de nos aînés. Je n'ai pas quitté Tokyo. Beaucoup m'ont conseillé d'évacuer la capitale pour me réfugier au sud-ouest de l'Archipel. Mon choix a été de continuer ma vie de tous les jours, en paix.»

Saburo Teshigawara, chorégraphe. Né en 1953, il est interprète de ses propres pièces présentées dans le monde entier.
«Réfléchir à l'avenir»
«Au moment du tsunami, j'étais à Paris, en répétitions d'Acis et Galatée pour le prochain festival d'Aix-en-Provence. Ma famille et ma compagnie étaient à Tokyo: ils me disaient que la vie y était devenue mentalement stressante, mais se déroulait physiquement pareil. Que puis-je faire? me demandais-je sans cesse. J'ai compris que la seule possibilité était de réfléchir à l'avenir. Ce qui change avec cette catastrophe, c'est qu'elle n'est pas seulement naturelle mais aussi nucléaire. Ce qui oblige à remettre en question notre mode de vie. Quand je suis né, quinze ans après Hiroshima et Nagasaki, ce drame était déjà effacé. Le Japon d'alors ressemblait déjà beaucoup à celui d'avant le tsunami. Le grand changement du pays est lié aux facilités énergétiques qu'a apportées l'énergie nucléaire à des fins civiles : d'un coup, il y a eu un engouement frénétique pour l'électricité (Shibuya avec ses enseignes lumineuses), pour le développement des villes, la surenchère de la puissance économique. Il est clair que nous devons repenser cela afin de ne pas mettre en péril la nature. À l'université de Tokyo, où j'enseigne, je compte en parler à mes étudiants. Le nouveau visage du Japon va se dessiner dans les dix ans qui viennent.»

Natsuki Ikezawa, écrivain. Né en 1945, il a publié notamment La femme qui dort et La Vie immobile (éditions Philippe Picquier).
«Nous allons nous appauvrir»
«Dans un sens les Japonais sont habitués aux catastrophes naturelles. Nous nous affairons à construire ce que la nature peut détruire en un instant. Le verbe akirameru (renoncer, se résigner) signifie étymologiquement: rendre clair, manifeste. On comprend qu'on n'a pas la force de remédier à la situation, alors on renonce à des efforts inutiles. Mais, avec le nucléaire, la catastrophe est d'un autre genre et ne correspond pas à cet état d'esprit. La pensée scientifique et technologique par laquelle on apprivoise la nature, nous l'avons apprise de l'Occident. Les produits industriels de Toyota et bien d'autres firmes japonaises sont là pour prouver que nous avons été d'excellents élèves. Mais sur la centrale Daiichi de Fukushima une énorme erreur a été commise. Je pense que la puissance nucléaire n'est pas quelque chose qui s'apprivoise. La présente catastrophe a un effet sur moi, en tant qu'écrivain. Après cinq ans passés en France, je suis rentré au Japon il y a deux ans et je pense que, plus qu'à tout autre période, c'est bien que je sois au Japon maintenant. Si je ne suivais pas de tout près ce qui se passe, si je ne faisais pas directement cette expérience, je pense que ce que j'écrirais dorénavant serait déphasé par rapport à la réalité vécue par nombre de Japonais. À partir de maintenant, nous allons nous appauvrir. Le devoir des politiques sera d'orchestrer la reconstruction en faisant tout pour que cette perte de richesse soit répartie aussi équitablement que possible. Nous devrions y arriver, car nous sommes habitués aux sinistres. Nous avons appris à contenir nos égoïsmes. »

Traduction : Mitsuko Jurgenson (Shomei Tomatsu) et Corinne Quentin (Natsuki Ikezawa).

Efes


Efes Üzerinde Jüpiter, Tunç Tezel

Cas 40

Case 40
N: How many members of your council are sitting in front of you?
S: Five.
N: How are they dressed?
S: They all have white robes.
N: I want you to look carefully — do you see any of these wise beings wearing anything on their robes? If you don't see anything, fine, don't worry about it, I'm just curious.
S: (pause) Well, the one in the center has something around his neck.
N: Please describe what you see.
S: I don't know. It's on a chain.
N: What is on a chain?
S: Something round, a metal disk.
N: (I always ask this question) Is it close to the size of a grapefruit, orange, or walnut?
S: (the usual response) An orange.
N: What color is this ornament?
S: Gold.
N: What do you think this gold medallion means?
S: (the normal response) Oh, probably some sort of badge of office, or maybe his particular area of expertise.
N: Really. Do you think it is necessary for council members to wear emblems to signify to each other what their position is, or any particular talent they may have?
S: (confused) Well ... I don't know ... I mean, how could I know?
N: Let's not give up on this so easily. We might learn something together.
S: (No answer)
N: Describe what you see on the gold medallion.
S: (the usual response) I can't see it very well.
N: I want you to move closer so you can see the emblem more clearly.
S: (reluctant) I'm not sure I should.
N: Let's look at this logically. If you were not supposed to see the emblem, your chair person would not allow you to see it. Think about this. Does it make sense that these highly developed beings would openly display adornments on their robes which you are not supposed to see? And why would they need to display them for each other?
S: I suppose you're right, (still reluctant) I guess it would be okay for me to move a little closer.
N: Just so you know, talking to me about this is not a violation of confidentiality. Look at the expression on the face of the the Elder wearing the emblem. He knows what you are thinking. Tell me what you see?
S: A kindly expression . . . helpful to me.
N: Then I am sure he would not want you to miss anything pertaining to this meeting. Move forward and tell me what you see on the metal disk.
S: (now more confident) I can't make out the writing around the side, it looks like filigreed lace, but on the raised part of the disk in the center I see a big cat with its mouth open.
N: Give me more details about the cat. Is it a house cat?
S: (more forcefully) No, it's a profile of a mountain lion with a fierce face and large teeth.
N: Anything else?
S: (with recognition) Oh, there is a hand holding a dagger under the lion's neck , (long pause) Ah ... yes . . .
N: You know now what this is all about, don't you?
S: (quietly) Yes, I think I do. It is from my Indian life.
N: We haven't talked about that life. Tell me when and where this life took place and how the big cat fits in.
This client, whose spirit name is Wan, proceeded to explain that in 1740 she was a young Indian woman in North America. She was out in the forest one day digging roots with her two children. The men of her village were off hunting. Suddenly, she saw a big cat jump out of a tree and move toward the children. Wan dropped her basket and ran directly at the cat. She said, "There was only time to pull out my stone knife - then he was on top of me. Just before the lion killed me I was able to thrust up deep into his neck . Later the men found me and the lion dead, but the children were safe." When I asked Wan why she was being shown this emblem of the cat, she said, "To signify I displayed courage here and I must use it more in other lives."


N: Combien y a-t-il d’Anciens en face de vous ?
S: Cinq.
N: Comment sont-ils habillés ?
S: Ils ont tous une robe blanche.
N: Je voudrais que vous regardiez attentivement - ces cinq sages portent-ils autre chose que leur robe ? Si vous ne voyez rien d’autre, ne vous inquiétez pas, c’est juste de la curiosité de ma part.
S: Eh bien, celui du centre a quelque chose autour de son cou.
N: Décrivez ce que vous voyez, s’il vous plaît.
S: Je ne sais pas. C’est sur une chaîne.
N: Qu’est-ce qu’il y a sur la chaîne ?
S: Quelque chose de rond, un disque en métal.
N: (Je pose toujours cette question) C’est plutôt de la taille d’un pamplemousse, d’une orange ou d’une noix ?
S: D’une orange.
N: De quelle couleur est cet objet ?
S: Doré.
N: Pour vous, que signifie ce médaillon doré ?
S: (réponse normale) Oh, c’est probablement une sorte d’insigne de fonction, ou peut-être son domaine de compétence particulier.
N: Vraiment ? Pensez-vous que les membres du Conseil aient besoin de porter des emblèmes pour se signifier quelle position ils occupent, ou quel talent particulier ils pourraient avoir ?
S: (désorienté) Eh bien… je ne sais… je veux dire, comment pourrais-je bien le savoir ?
N: Nous n’allons pas laisser tomber si vite. Nous pourrions apprendre quelque chose ensemble.
S: (aucune réponse)
N: Décrivez ce que vous voyez sur le médaillon.
S: (réponse habituelle) Je ne le vois pas très bien.
N: Je voudrais que vous vous approchiez pour mieux voir.
(hésitante) Je ne sais pas si je peux.
N: Soyons logiques. Si vous n’êtes pas sensée voir cet emblème, votre président ne vous permettrait pas de le voir. Songez-y. Est-il logique ou sensé que ces êtres hautement évolués arborent ouvertement une parure sur leur robe que vous n’êtes pas supposée voir ? Et pourquoi auraient-ils besoin de les afficher ?
S: Je suppose que vous avez raison (toujours réticente) je pense que je devrais pouvoir m’approcher un peu plus.
N: Comme vous le savez, le fait de me parler n’est pas une violation de la confidentialité. Regardez l’expression du visage de l’Ancien qui porte cet emblème.Il sait ce que vous pensez. Dites-moi ce que vous voyez.
S: Une expression affable… de vouloir m’aider.
N: Alors je suis certain qu’il ne veut pas que vous manquiez quoi que ce soit lors de cette réunion. Avancez et dites-moi ce que vous voyez sur le disque de métal.
S : (à présent plus confiante) Je n’arrive pas à déchiffrer l’écriture autour, ça ressemble à un entrelacs en filigrane, mais sur la partie du disque qui est surélevée, au centre, je vois un grand chat avec la gueule ouverte.
N : Donnez-moi plus de détails sur le chat. C’est un chat domestique ?
S : (plus énergiquement) Non, il a le profil d’un puma avec une expression féroce et des grandes dents.
N : Quelque chose d’autre ?
S : Oh, il y a une main qui tient une dague sous le cou du puma (longue pause) Ah…oui…
N : Vous savez de quoi il s’agit, n’est-ce pas ?
S : (calmement) Oui, je pense que je sais. Ca provient d’une autre vie, quand j’étais une indienne.
N : Nous n’avons pas parlé de cette vie-là. Dites-moi quand et où elle a eu lieu et quelle place occupe ce puma.
Cette patiente, dont le nom spirituel est Wan, a commencé par m’expliquer qu’en 1740 elle téait une jeune indienne en Amérique du Nord. Un jour, elle partit dans la forêt chercher des racines avec ses deux enfants. Les hommes de son village, eux, étaient partis chasser. Tout à cou, elle vit un énorme chat sauter d’un arbre et ses diriger vers les petits. Wan laissa tomber son panier et courut directement vers le félin. Elle raconte : "Je n’ai eu que le temps de sortir mon couteau en pierre – il m’avait déjà sauté dessus. Mais juste avant qu’il ne me tue, je l’ai planté profondément dans son cou. Les hommes m’ont retrouvée plus tard, avec cet animal mort, mais les enfants étaient sains et saufs." Lorsque j’ai demandé à Wan pourquoi on lui avait montré cet emblème du chat, elle répondit : "Pour me faire comprendre que j’ai eu du courage à ce moment-là et que je dois l’utiliser encore plus dans les autres vies."

Michael Newton, Journées dans l'au-delà (Destiny of souls), Le jardin des livres, 2008

Dæmon

She lifted the lantern high and took a step into the shed, and then she saw what it was that the Oblation Board was doing, and what was the nature of the sacrifice the children were having to make.
The little boy was huddled against the wood drying rack where hung row upon row of gutted fish, all as stiff as boards. He was clutching a piece of fish to him as Lyra was clutching Pantalaimon, with both hands, hard, against her heart ; but that was all he had, a piece of dried fish ; because he had no dæmon at all. The Gobblers had cut it away. That was intercission, and this was a severed child.
Her first impulse was to turn and run, or to be sick. A human being with no dæmon was like someone without a face, or with their ribs laid open and their heart torn out : something unnatural and uncanny that belonged to the world of night-ghasts, not the waking world of sense.
So Lyra clung to Pantalaimon and her head swam and her gorge rose, and cold as the night was, a sickly sweat moistened her flesh with something colder still.
"Ratter," said the boy. "You got my Ratter?"
Lyra was in no doubt what he meant. "No," she said in a voice as frail and frightened as she felt. Then, "What's your name?" "Tony Makarios," he said. " Where's Ratter?"


Soulevant la lampe à bout de bras, elle fit un pas à l’intérieur de la cabane… et découvrit alors quelle était réellement la mission du Conseil d’Oblation, et la nature du sacrifice que les enfants devaient consentir.
Le jeune garçon était recroquevillé contre les claies en bois sur lesquelles étaient suspendues de nombreuses rangées de poissons éviscérés, raides comme des bâtons. Il serrait contre lui un bout de poisson, comme Lyra serrait Pantalaimon, à deux mains, de touts ses forces, sur son cœur, mais il n’avait que cela à étreindre, un morceau de poisson séché, car il n’avait plus de dæmon. Les Enfourneurs le lui avaient arraché. Voilà ce que signifiait le mot intercision : elle avait devant les yeux un enfant mutilé.
Sa première impulsion fut de faire demi-tour et de s’enfuir ; elle fut prise d’une nausée. Un être humain sans dæmon, c’était comme une personne sans visage, ou avec la cage thoracique ouverte et le cœur arraché : une chose contre nature, aussi étrange qu’effrayante, qui appartenait au monde des cauchemars, et non à la réalité des sens.
Lyra s’accrocha à Pantalaimon, sa tête se mit à tourner, sa gorge se souleva, et malgré le froid glacial de la nuit, une sueur fiévreuse, plus froide encore l’inonda.
"Ratter, dit l’enfant. Vous avez vu mon Ratter ?"
Lyra comprit aussitôt de quoi il s’agissait. "Non répondit-elle d’une voix tremblante et apeurée qui exprimait ce qu’elle ressentait. Comment tu t’appelles ?"
"Tony Makarios. Où est Ratter ?"

Philipp Pullman, A la croisée des mondes, I, Les Royaumes du Nord, 1998
Philipp Pullman, His Dark Materials, I, Northern Lights (The Golden Compass), 1995
A la croisée des mondes, La boussole d'or (The Golden Compass), Chris Weitz, 2007

Somewhere










Somewhere on Tumblr.com

2011-06-15

Parfum de miel

Des temples couleur de miel

- L’Aurore !
Frappée d'émerveillement, Lyra dut se tenir au garde-fou pour ne pas tomber. Le spectacle envahit au nord tout le ciel. De grand rideaux de lumière douce, qui semblaient descendre du ciel lui même, tremblotaient dans l'atmosphère. Vert pâle et rouge rosé, aussi transparents que l'étoffe la plus fragile, d'un carmin profond et enflammé tout en bas, tels les feux de l'Enfer, ils se balançaient et scintillaient librement, avec davantage de grâce que le plus talentueux des danseurs. Lyra avait même l'impression de les entendre: un bruissement lointain et murmuré. Devant cette fragilité évanescente, elle senti naître en elle un sentiment aussi profond que lorsqu'elle s'était trouvé en présence de l'ours. Elle était émue par ce spectacle, si beau qu'il en devenait presque sacré. Des larmes vinrent lui piquer les yeux, et ces larmes transformèrent la lumière en arc-en-ciel. Très vite, elle se retrouva plongée dans le même état de transe que lorsqu'elle consultait l'aléthiomètre. Peut-être, songea-t-elle avec quiétude, que cette force mystérieuse qui animait l'aiguille de l'aléthiomètre faisait aussi rougeoyer l'Aurore. Peut-être était-ce la Poussière elle même. Elle se fit cette réflexion sans même s'en apercevoir, et elle l'oublia aussitôt, pour s'en souvenir beaucoup plus tard.
Devant ses yeux ébahis, l’image d’une ville sembla se former derrière les voiles et les courants de couleur translucide : des tours et des dômes, des temples couleur de miel et des colonnades, de vastes boulevards et un jardin verdoyant, illuminé de soleil. Cette vision lui donnait le vertige, comme si elle la regardait, non pas d’en bas, mais d’en haut, par delà un gouffre si gigantesque que rien ne pouvait le franchir. Un univers entier les séparait.

Philipp Pullman, A la croisée des mondes, I, Les Royaumes du Nord, 1998



- The Aurora!
Her wonder was so strong that she had to clutch the rail to keep from falling. The sight filled the northern sky.
The sight filled the northern sky; the immensity of it was scarcely conceivable. As if from Heaven itself, great curtains of delicate light hung and trembled. Pale green and rose-pink, and as transparent as the most fragile fabric, and at the bottom edge a profound and fiery crimson like the fires of Hell, they swung and shimmered loosely with more grace than the most skillful dancer. Lyra thought she could even hear them: a vast distant whispering swish. In the evanescent delicacy she felt something as profound as she’d felt close to the bear. She was moved by it; it was so beautiful it was almost holy; she felt tears prick her eyes, and the tears splintered the light even further into prismatic rainbows. It wasn’t long before she found herself entering the kind of trance as when she consulted the alethiometer. Perhaps, she thought calmly, whatever moves the alethiometer’s needle is making the Aurora glow too. It might even be Dust itself. She thought that without noticing that she'd thought it, and she soon forgot it, and only remembered it much later.
And as she gazed, the image of a city seemed to form itself behind the veils and streams of translucent colour: towers and domes, honey-coloured temples and colonnades, broad boulevards and sunlit parkland. Looking at it gave her a sense of vertigo, as if she were looking not up but down, and across a gulf so wide that nothing could ever pass over it. It was a whole universe away.

Philipp Pullman, His Dark Materials, I, Northern Lights (The Golden Compass), 1995

A la croisée des mondes, La boussole d'or (The Golden Compass), Chris Weitz, 2007

2011-06-13

Lucy in the sky



Lucy Tasseor Tutsweetok

Des'ree

Happy returns


Shirley MacLaine, Sachi Parker, 1959

2011-06-09

Wonderful Donna


Donna Murphy (Ruth Sherwood), Swing!, Wonderful Town, Leonard Bernstein, 2004

Apple



L’histoire d’Alan Turing commence comme une promesse de gloire, et se termine en tragédie. Né en 1912, c’est l’un des plus grands mathématiciens britanniques. Ses travaux ont notamment permis le déchiffrement du code allemand Enigma pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1952, sa maison est cambriolée, et Turing porte plainte. Malheureusement, son compagnon était de mèche avec les voleurs. L'enquête de police se retourne donc contre Turing, en l'accusant d'"indécence manifeste et de perversion sexuelle". Il assume son homosexualité et ne présente pas de défense, ce qui le fait condamner. À la suite de son procès public, il accepte un traitement hormonal de réduction de la libido, qu’il subira durant un an, avec des effets secondaires comme le grossissement des seins. Il est alors écarté des plus grands travaux scientifiques. C'était il y a cinquante ans à peine...

En 1954, il meurt d'empoisonnement après avoir mangé une pomme contenant du cyanure. Sa mère a prétendu qu'il s'agissait d'un accident, mais sa mort rappelle l’histoire de Blanche-Neige, qui était son film préféré. Certains affirmeront plus tard que la fin de Turing aurait inspiré le célèbre logo de la marque Apple…

Une pétition pour l’honneur de Turing, mathématicien gay persécuté
Par Paul Parant samedi 05 septembre 2009
www.tetu.com