2011-10-24

Waschassabé




VOYAGE AERIEN.
M. Dupuis-Delcourt vient de communiquer les détails suivans sur sa dernière ascension.
« L'incertitude du temps a été telle toute la matinée que l'opération chimique pour la production du gaz commencée un peu tard a failli nuire au succès de l'expérience. L'approche de la nuit au départ du ballon et la forte condensation d'air qui en résultait n'a point permis que deux personnes s'élevassent avec toute la sécurité nécessaire, et je suis monté seul à 5 heures 20 minutes.
L'atmosphère était encore assez pure et le soleil déjà couché pour Tivoli se remontra bientôt pour moi. Je lançai un petit parachute et me débarrassai de plusieurs drapeaux dont l'entourage m’était incommode. Un mal-entendu me priva, au moment du départ, des instrumens que je devais emporter, de sorte que je me trouvai pour la première fois dans l'air sans baromètre , thermomètre, ni boussole. Dans l'impossibilité de faire aucune observation ni de connaître positivement ma marche je pris le parti de m'arrêter. Je devais être alors à 15 ou 1800 toises d'élévation ; j'avais laissé bien au-dessous de moi les vapeurs légères qui avaient obscurci le temps une partie de la journée, mais j'en avais rencontré d'autres beaucoup plus épaisses au-dessus desquelles régnait un froid tel que je n'en ai jamais ressenti dans mes précédentes ascensions : de l'eau, si j'en avais eu avec moi se serait bien certainement congelée à l'instant même. L'horizon ne tarda pas à se rembrunir, et 25 minutes après mon départ de Tivoli la nuit était tout-à-fait venue. La descente devenait difficile ; de grandes bandes de nuages noirs s'étaient élevées du côté du couchant. La terre ne semblait plus qu'un plateau grisâtre entièrement uniforme. Les eaux elles-mêmes n'ayant plus aucune lumière à réfléchir étaient aussi sombres que le reste du paysage. Je m'abaissai néanmoins et vins à bout , en faisant alternativement usage de la soupape et du lest, de me maintenir près d'une heure à moins de 400 toises d'élévation.
De cette hauteur je voyais les lumières se montrer aux croisées, j'entendais distinctement ce qui se passait sur la terre, le son des cloches, l'aboiement des chiens et les cris d'appel qu'on m'adressait. C'est une chose presqu'incroyable que le calme de l'air et la manière dont le son s'y propage, surtout à l'entrée de la nuit.
Enfin, appercevant que j'allais m'engager au-dessus d'un bois que je jugeai avoir plusieurs lieues d'étendue, je me déterminai à prendre terre. Le pays me paraissait peu habité. J'appelai plusieurs fois : une voix répondit enfin à la mienne. Je précipitai ma descente, et toujours à l'aide du lest, je vins raser la lisière même du bois dans lequel j'avais craint de m'engager. Il était six heures 1/2. Je me trouvais sur le territoire de la commune de Moussy-le-Neuf, canton de Daumartin, arrondissement de Meaux, département de Seine-et-Marne, à environ 12 à 13 lieues de Paris, près de Morfontaine et de Louvres au-dessus desquels j'avais probablement plané.
Je devais faire cette expérience avec l'un des chefs Osages actuellement à Paris, Waschassabé, surnommé l'Esprit Noir. L'autorité s'y est opposée. Tout en respectant sa décision à cet égard, il me sera permis sans doute de témoigner le regret que cette ascension n'ait pu se concilier avec les convenances et les exigeances politiques. Waschassabé eût été le premier Indien qui fut monté dans un aérostat. Il n'était peut être pas indifférent que ce fût un français qui lui fit faire ce premier pas dans les airs, où l'homme, après s'être frayé un passage brillant, mais fugitif, finira tôt ou tard par reconnaître et jalonner une route plus sûre. Son élévation à ballon captif, avant mon départ de Tivoli, le plaisir qu'il éprouvait et sa contenance fière et hardie ont dû prouver qu'il possédait le sang-froid et la détermination nécessaires pour tenter un voyage aérien. »

L’Eclaireur, Journal politique, commercial et littéraire de Maestricht ; N° 40, Jeudi 1er Novembre 1827


PARIS- At a recent ascension at Trivoli, Mr. Delcourt, the arronaut, was to have been accompanied by the chief of the Osages, Waschassabe sir named the Black Spirit, from the number of enemies he has slain; but the police interfering, he was obliged to desist from his undertaking, he however made a short excursion in the air previous to the balloon's final departure with Mr. Delcourt.
- The New Orleans Bee/ L’Abeille de la Nouvelle-Orléans dated Monday, December 31, 1827
[http://lilmisshistory.blogspot.com/2009/12/aviation-history-1827.html]


Les six Indiens Osages
Arrivés du Missouri au Havre, le 27 Juillet 1827, et à Paris le 13 Aout même année
(A) Kihegashugah (ou le Petit Chef) âgé de 38 ans
(B) Washingsabba (ou l’Esprit noir) âgé de 32 ans
(C) Marcharthitahtoongah, le Gros soldat, âgé de 45 ans
(D) Minkchatahooh, le Petit soldat, âgé de 22 ans
(E) Myhangah, Femme)
(F) Grétomih, Cousine) de Kihegashugah âgées l’une et l’autre de 18 ans
Lith. de Lacroix et Cie rue Trainée N° 15

Indiens Osages, Horace Vernet, lith. Engelmann, rue du Faug Montmartre N° 6, 1827

Tivoli
Rue de Clichy, n° 80, Pavillon Labouxière
Demain Dimanche 14 octobre 1827,
Pa[ ] ext[ ]aordinaire
Grande fête
A laquelle assisteront
Les Osages.
A 4 heures precises, ascension en ballon par M. D-Delcourt.
Les Osages seront promenes a ballon captif dans l'enceinte de Tivoli, si le temps le permet.
L'affiche du jour indiquera les details.
Prix d'entree: trois fr. par personne.
David, Imrimeur, boulevart Poissonnière N° 6
- Smithsonian Institution's National Air and Space Museum