2011-10-24

Shon-ta-yi-ga



George Catlin
Shon-ta-yi-ga, Little Wolf, a Famous Warrior, 1844 - Smithsonian American Art Museum
Stu-mick-o-súcks, Buffalo Bull's Back Fat, Head Chief, Blood Tribe, 1832 - Smithsonian American Art Museum

"Il y a au Salon deux curiosités assez importantes: ce sont les portraits de Petit Loup et de Graisse du dos de buffle, peints par M. Catlin, le cornac des sauvages. Quand M. Catlin vint à Paris, avec ses Ioways et son musée, le bruit se répandit que c’était un brave homme qui ne savait ni peindre ni dessiner, et que s’il avait fait quelques ébauches passables, c’était grâce à son courage et à sa patience. Etait-ce ruse innocente de M. Catlin ou bêtise des journalistes ? – Il est aujourd’hui avéré que M. Catlin sait fort bien peindre et fort bien dessiner. Ces deux portraits suffiraient pour me le prouver, si ma mémoire ne me rappelait beaucoup d’autres morceaux également beaux. Ses ciels surtout m’avaient frappé à cause de leur transparence et de leur légèreté.
M. Catlin a supérieurement rendu le caractère fier et libre, et l’expression noble de ces braves gens; la construction de leur tête est parfaitement bien comprise. Par leurs belles attitudes et l’aisance de leurs mouvements, ces sauvages font comprendre la sculpture antique. Quant à la couleur, elle a quelque chose de mystérieux qui me plaît plus que je ne saurais dire. Le rouge, la couleur du sang, la couleur de la vie, abondait tellement dans ce sombre musée, que c’était une ivresse; quant aux paysages, – montagnes boisées, savanes immenses, rivières désertes, – ils étaient monotonement, éternellement verts; le rouge, cette couleur si obscure, si épaisse, plus difficile à pénétrer que les yeux d’un serpent, – le vert, cette couleur calme et gaie et souriante de la nature, je les retrouve chantant leur antithèse mélodique jusque sur le visage de ces deux héros. – Ce qu’il y a de certain, c’est que tous leurs tatouages et coloriages étaient fait selon les gammes naturelles et harmoniques.
Je crois que ce qui a induit en erreur le public et les journalistes à l’endroit de M. Catlin, c’est qu’il ne fait pas de peinture crâne, à laquelle tous nos jeunes gens les ont si bien accoutumés, que c’est maintenant la peinture classique."

Charles Baudelaire, Le Salon de 1846, VI. De quelques coloristes / On some colourists

"There ake two curiosities of a certain importance at the Salon. These are the portraits of Petit Loup and of Graisse du dos de buffle, by M. Catlin, the impresario of the red-skins. When M. Catlin came to Paris, with his Museum and his Ioways, the word went round that he was a good fellow who could neither paint nor draw, and that if he had produced some tolerable studies, it was thanks only to his courage and his patience. Was this an innocent trick of M. Catlin's, or a blunder on the part of the journalists? For today it is established that M. Catlin can paint and draw very well indeed. These two portraits would be enough to prove it to me, if I could not call to mind many other specimens equally fine. I had been particularly struck by the transparency and lightness of his skies.
M. Catlin has captured the proud, free character and the noble expression of these splendid fellows in a masterly way; the structure of their heads is wonderfully well understood. With their fine attitudes and their ease of movement, these savages make antique sculpture comprehensible. Turning to his colour, I find in it an element of mystery which delights me more than I can say. Red, the colour of blood, the colour of life, flowed so abundantly in his gloomy Museum that it was like an intoxication; and the landscapes — wooded mountains, vast savannahs, deserted rivers — were monotonously, eternally green. Once again I find Red (so inscrutable and dense a colour, and harder to penetrate than a serpent's eye)— and Green (the colour of Nature, calm, gay and smiling) — singing their melodic antiphon in the very faces of these two heroes.— There is no doubt that all their tattooings and pigmentations had been done in accordance with the harmonious modes of nature.
I believe that what has led the public and the journalists into error with regard to M. Catlin is the fact that his painting has nothing to do with that brash style, to which all our young men have so accustomed us that it has become the classic style of our time."