2011-10-25

Du Far West au Louvre

Maun-gua-daus (ou Maun-gwa-daus),
chef de la nation ojibwa
Possiblement en Angleterre, vers 1846-1848
Photographe inconnu
PA-125840
http://www.collectionscanada.gc.ca/visionphoto/045003-2360-f.html

Nous sommes allés en France ; sommes restés cinq mois à Paris avec les Curiosités Indiennes de Catlin. Avons serré la main de Louis-Phillippe (sic) et de toute sa famille dans le parc appelé Saint-Cloud. Nous leur avons donné une petite danse de guerre, avons tiré avec les arcs et les flèches sur une cible, joué au ballon ; nous avons aussi fait naviguer notre canoë d’écorce de bouleau sur le lac artificiel, au milieu des cygnes et des oies. Il y avait avec eux environ quatre mille personnes, dames et messieurs. Dans l’après-midi, nous avons dîné avec lui dans son palais. Il nous a beaucoup parlé de son voyage en Amérique quand il était un jeune homme. Il nous a donné douze médailles d’or et d’argent ; il nous a montré toutes les pièces de sa maison.
Les Françaises sont belles et les hommes comme les femmes s’habillent avec goût. Beaucoup de messieurs ne rasent jamais leur visage, on dirait qu’ils n’ont pas de bouche. D’autres portent la barbe seulement sur la partie supérieure de la bouche, et on dirait qu’ils ont des queues d’écureuils noirs qui pendent de chaque côté.
Monsieur Lafontaine, le grand hypnotiseur, nous a invité à son spectacle. Il nous a donné une aiguille pour piquer ceux qu’il fait dormir, et nous avons planté l’aiguille à travers leurs sourcils et dans la main entre le pouce et l’index, et ils ne se sont rendu compte de rien. Il a demandé à la jeune femme de mettre ses bras autour de nos cous et de nous embrasser en disant en même temps « mon cher ». Nous avons laissé sur ses joues un peu de la peinture que nous avions au visage.
Un autre Français a fait des moulages de nos têtes en plâtre de Paris ; certains de nos jeunes gens ont été effrayés. Louis-Phillippe a demandé à Mgr J. Gudin de peindre nos ressemblances sur une grande toile, et quand cela a été fait, il l’a prise dans son palais.
La campagne en France ressemble à nos prairies ; les champs ne sont pas divisés par des haies ou des murs de pierres.
Les épouses communes sont très nombreuses à Paris, certaines d’entre elles sont appelées « puces industrieuses [industrious fleas] ».


Du Far West au Louvre : Le musée indien de George Catlin

Daniel Fabre - Catlin vu d’Europe
Claude Macherel - Genèse d’une arche américaine pour les Indiens = Genesis of an American ark for the Indians

Patricia Falguières : Catlin, la peinture et l’« industrie du musée » = Catlin, painting and the museum industry
Daniel Fabre - L’effet Catlin, Paris, 1845-1846 = The Catlin effect. Paris, 1845-1846
Gaetano Ciarcia : Impressions d’Europe, Les Indiens de la galerie Catlin du Far West au Far East = Impressions of Europe, the Catlin gallery Indians from the Far West to the Far East
Frédéric Maguet : Des Indiens de papier, Entre réception royale et réception populaire = Paper Indians, between royal reception and popular reception

Entretien :
Quand Delacroix croqua-t-il des Ojibwas ? / Un entretien d’Arlette Sérullaz avec Claude Macherel
Documents et matériaux :
George Catlin, Le Musée de l’Humanité = Museum of Mankind
Maungwudaus : Compte rendu des Indiens chippewas qui ont voyagé parmi les Blancs
George Catlin, Journal, 1852, Extraits

Gradhiva : revue d'anthropologie et d'histoire des arts, 2006, numéro 3, 144 p., cahier couleur, 18 €, ISBN 2-915133-26-3
http://gradhiva.revues.org/63


George Catlin, La-Dóo-Ke-A, Bison mâle, grand guerrier pawnee, 1832. Smithsonian American Art Museum, Washington.