2011-08-27

Les Variétés



Alien, Ridley Scott, 1979
L'Âge d'or, Luis Buñuel, 1930 

Les Variétés, 14 rue Jules Ferry, Laval



Sur l'écran noir de vos nuit blanches, il vous fait son cinéma... : Roger Poirier, une vie dédiée aux salles obscures
Mais comment fait-il ? Il est partout ! Roger Poirier, c'est ce Mayennais qu'on peut apercevoir au détour d'une projection ciné, ou d'une séance de théâtre. Passionné et investi, il a été directeur de trois salles de cinéma à Laval. Projectionniste, puis technicien, il a même refusé une carrière à l'ORTF... pour rester en Mayenne.
Roger pour les uns, ''Rodgers'' pour les autres. Roger Poirier est un passionné de cinéma, un afficionado de la culture en général. Si le plus jeunes vont au Cinéville pour aller voir le dernier film à la mode, les plus vieux se souviennent d'une autre époque. Celle où Laval comptait une multitude de petites salles, qui passaient chacune un film par semaine. L'Etoile, le Saint-Martin, le Rex ou le Théâtre accueillaient sur leurs fauteuils rouges, les Lavallois, le temps d'une projection. Rue André Bellesort, non loin de l'actuel Carrefour Market, se trouvait le cinéma Lorraine. Près du tribunal, on allait au Maine et rue Jules Ferry, c'est aux Variétés qu'on allait ''se payer une toile''. Le point commun de ces trois salles : elles ont toutes été dirigées par Roger Poirier. Et des anecdotes il en a. Souriant, il se rappelle : « Une fois je venais d'être opéré de l'appendicite.. Mon téléphone sonne : on me demande de venir changer le projecteur du Lorraine en urgence. La salle était pleine, il fallait agir. Le toubib m'avait dit de rester au lit, mais bon... » Le docteur ne connaissait pas bien la fougue de Roger, qui sans tarder s'est rendu dans la cabine pour régler le problème. « J'étais devenu le technicien de ces salles. J'apprenais chaque jour un peu plus sur le matériel. Au Lorraine par exemple, la lampe au Xénon avait remplacé le charbon. » Au beau milieu des années 60, jamais fatigué, il se lance dans le cinéclub, et part dans les petites communes, projecteur et bobines sous le bras, diffuser les films à l'affiche. Toujours avec la volonté d'amener le cinéma partout, il collabore avec ''Salles familiales de la Mayenne'' et projette des longs métrages toujours plus loin. Au Bourgneuf-la-Forêt ou au Majestic de Montsûrs : ils ont vu passer le petit projectionniste motivé. Une vraie pile électrique, ce Roger Poirier. Car pendant ce temps il prend même la présidence du sport corporatif en Mayenne. « Je suis arrivé en 1965, il y avait huit équipes. Seize ans plus tard, quand je suis parti, il y en avait 120 ! Nous avons même créé le premier championnat de football féminin. »
La projection, il l'a dans la peau. Pendant son service militaire au fort d'Ivry (Paris), Roger est responsable du cinéma des armées. Au moment de retourner à la vie civile, on lui propose de signer pour trois ans supplémentaires au cinéma. « En échange, ils me faisaient rentrer à l'ORTF », explique-t-il. Mais l'uniforme, ce n'est pas pour lui. Il préfère retourner dans son département, dans ses salles. En 1967, avec deux compères, il décide de relancer ''Connaissance du monde''. Ce concept, créé en 1950 puis délaissé, consistait à projeter des documentaires sur les quatre coins du globe. « Avec Jean Héaumé et Roger Boinière, nous avons fait des lundis un rendez-vous avec les documentaires. Cela nous permettait aussi de rentabiliser les 522 fauteuils de la salle. » Ce jour est judicieusement choisi, c'est le jour de relâche pour les commerçants qui peuvent profiter pleinement de la séance. C'est au Lorraine que sont proposées ces conférences. Le principe : un réalisateur assiste à la projection et commente les images en direct. C'est ainsi que Roger a fait la connaissance des grands de l'époque : Odette Joyeux, la danseuse, Christian Zuber, star de l'écran dans ''Caméra au poing'' ou encore Paul-Émile Victor, l'explorateur des Pôles. Aujourd'hui, Roger déplore le manque d'implication des enseignants, qui ne le sollicitent que trop rarement. Mais ''Connaissance du monde'' continue, au Cinéville qu'il a vu remplacer le garage Hardy, quai Gambetta. Et comme le dit Roger : « Avec nous, vous voyagerez sans quitter votre siège, et vous ferez le tour du monde sans mal de mer et sans vertige ! »
Article rédigé par :
Julien Moreau
www.lecourrierdelamayenne.fr
22 avr. 2010