2010-12-31

Something's coming

Nouvel an


Le soir tombait, je m'arrêtai devant une colonne de théâtre où était affichée la représentation que la Berma donnait pour le 1er janvier. Il soufflait un vent humide et doux. C'était un temps que je connaissais ; j'eus la sensation et le pressentiment que le jour de l'an n'était pas un jour différent des autres, qu'il n'était pas le premier d'un monde nouveau où j'aurais pu, avec une chance encore intacte, refaire la connaissance de Gilberte comme au temps de la Création, comme s'il n'existait pas encore de passé, comme si eussent été anéanties, avec les indices qu'on aurait pu en tirer pour l'avenir, les déceptions qu'elle m'avait parfois causées : un nouveau monde où rien ne subsistât de l'ancien... rien qu'une chose : mon désir que Gilberte m'aimât. Je compris que si mon cœur souhaitait ce renouvellement autour de lui d'un univers qui ne l'avait pas satisfait, c'est que lui, mon cœur, n'avait pas changé, et je me dis qu'il n'y avait pas de raison pour que celui de Gilberte eût changé davantage ; je sentis que cette nouvelle amitié c'était la même, comme ne sont pas séparées des autres par un fossé les années nouvelles que notre désir, sans pouvoir les atteindre et les modifier, recouvre à leur insu d'un nom différent. J'avais beau dédier celle-ci à Gilberte, et comme on superpose une religion aux lois aveugles de la nature, essayer d'imprimer au jour de l'an l'idée particulière que je m'étais faite de lui, c'était en vain ; je sentais qu'il ne savait pas qu'on l'appelât le jour de l'an, qu'il finissait dans le crépuscule d'une façon qui ne m'était pas nouvelle : dans le vent doux qui soufflait autour de la colonne d'affiches j'avais reconnu, j'avais senti reparaître la matière éternelle et commune, l'humidité familière, l'ignorante fluidité des anciens jours.
Je revins à la maison. Je venais de vivre le 1er janvier des hommes vieux qui diffèrent ce jour-là des jeunes, non parce qu'on ne leur donne plus d'étrennes, mais parce qu'ils ne croient plus au nouvel an.

Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1919

2010-12-30

Le pendule, le puits et l'espoir



Jan Svankmajer, Le pendule, le puits et l'espoir, 1983

Samsara










Samsara, Pan Nalin, 2000

2010-12-26

Surréalisme





Georgia Russell
De Baudelaire au surréalisme, 2007
Manifestes du surréalisme, 2009
Nadja – André Breton, 2006
L’amour fou – André Breton, 2009
England & Co - Georgia Russell, www.englandgallery.com

2010-12-22

The garden

Tilda Swinton, The garden, Derek Jarman, 1990

2010-12-20

Jour de neige





2010-12-19

2010-12-18


2010-12-17

I remember days


I remember sky
It was blue as ink
Or at least I think
I remember sky

I remember snow
Soft as feathers
Sharp as thumb tacks
Coming down like lint
And it made you squint
When the wind would blow

And ice like vinyl
On the streets
Cold as silver
White as sheets
Rain like strings
And changing things
Like leaves

I remember leaves
Green as spearmint
Crisp as paper
I remember trees
Bare as coat racks
Spread like broken umbrellas

And parks and bridges
Ponds and zoos
Ruddy faces
Muddy shoes
Light and noise and
Bees and boys
And days

I remember days
Or at least I try
But as years go by
They're sort of haze
And the bluest ink
Isn't really sky
And at times I think
I would gladly die
For a day of sky

I remember, Evening Primrose, Stephen Sondheim, 1966
Barbra Streisand, Christmas Memories, 2001

2010-12-16

L'étoile a pleuré rose


L'étoile a pleuré rose au cœur de tes oreilles
L'infini roulé blanc de ta nuque à tes reins
La mer a perlé rousse à tes mammes vermeilles
Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain

The star cried pink in the heart of your ears
The infinity rolled white from your nape to your loins
The sea pearled ginger in your ruby udders
And the Man bleded black at your sovereign side

Arthur Rimbaud

Seen it all



J'ai tout vu, j'ai vu les arbres,
J'ai vu les feuilles de saule tournoyer dans la brise
J'ai vu un homme tué par son meilleur ami,
Et des vies terminées avant d'être consumées

J'ai vu ce que j'étais. Je sais ce que je serais
J'ai tout vu - il n'y a plus rien à voir !

Tu n'as pas vu d'éléphants, de rois ou le Pérou
Je suis heureuse de dire que j'ai mieux à faire
Et la Chine ? As-tu vu la grande muraille ?
Tous les murs sont bien, si le toit ne tombe pas !

Et l'homme que tu épouseras ?
La maison que tu partageras ?
Pour être honnête, je n'en ai rien à faire...

Tu n'es jamais allée aux chutes du Niagara ?
J'ai vu de l'eau, c'est de l'eau, c'est tout...
La tour Eiffel, l'Empire State ?
Mon pouls était aussi élevé à mon tout premier rendez-vous !
La main de ton petit-fils quand il joue avec tes cheveux ?
Pour être honnête, je n'en ai rien à faire...

J'ai tout vu, j'ai vu l'obscurité
J'ai vu l'éclat dans une petite étincelle
J'ai vu ce que j'ai choisi et j'ai vu ce dont j'avais besoin
Et c'est assez, en vouloir plus serait de la gourmandise
J'ai vu ce que j'étais et je sais ce que je serais
J'ai tout vu ; il n'y a plus rien à voir !

Tu as tout vu et tout ce que tu as vu
Tu pourras toujours le revoir sur ton propre petit écran
La lumière et l'obscurité, le grand et le petit
N'oublie pas, tu n'as pas du tout besoin de plus
Tu as vu ce que tu étais et tu sais ce que tu seras
Tu as tout vu, il n'y a plus rien à voir

Cold


Come to me
Do and be done with me
Cold cold cold
Don't I exist for you
Don't I still live for you
Cold cold cold
Everything I possess
Given with tenderness
Wrapped in a ribbon of glass
Time it may take us but God only knows
How I've paid for those things in the past

Dying is easy it's living that scares me to death
I could be so content hearing the sound of your breath
Cold is the colour of crystal the snowlight
That falls from the heavenly skies
Catch me and let me dive under
For I want to swim in the pools of your eyes

I want to be with you baby
Slip me inside of your heart
Don't I belong to you baby
Don't you know that nothing can tear us apart
Come on now come on now come on now
Telling you that
I loved you right from the start...
But the more I want you the less I get
Ain't that just the way things are...

Winter has frozen us
Let love take hold of us
Cold cold cold
Now we are shivering
Blue ice is glittering
Cold cold cold

Cold is the colour of crystal the snowlight
That falls from the heavenly skies
Catch me and let me dive under
For I want to swim in the pools of your eyes

La somme totale de nos expériences



Our lives are the sum total of our experiences.
But if I have never rested my head on your chest and heard your heart beat faster as I touched you, or never felt your warm breath on my neck, or never saw you grow out from my hips like a branch from a tree trunk, the how can I say that I have ever truly lived ?

Notre vie est la somme totale de nos expériences.
Mais si je n’ai jamais appuyé ma tête sur ta poitrine, jamais entendu ton cœur battre plus vite quand je te caressais, ni senti la chaleur de ton souffle sur ma nuque, si je ne t’ai jamais vu surgir de mes reins comme une branche pousse à un tronc d’arbre, alors comment puis-je dire que j’ai véritablement vécu ?

What I wrote, Duane Michals, Ce que j’ai écrit, Delpire, 2008

Corps et armes


Mes apparences ne te trompent pas
Tu perces sous le sourire conquérant
L'ego défaillant
Tu fais voler le vernis en éclat
Et tu démontes le mécanisme complexe
De mes défenses et de mes réflexes

Car tu me vois vraiment
Car tu me vois, tu me ressens
Tel que je suis vraiment
Car tu me vois et tu m'entends

Tu rouvres la cage où, surprotégé,
Je m'étais à double tour enfermé
De peur de t'aimer et de m'engager
Plus d'artifices, ni de lignes floues
Mes plus gros défauts, mes pires faiblesses
Sont pour toi mes principaux atouts

Et je me vois vraiment
Dans le miroir que tu me tends
Tel que je suis vraiment
Alors je cède et je me rends

Pour toi, je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Au moment où je m'y attendais le moins
Un ange m'est apparu dans un coin

Je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Tu mets en lumière toutes mes zones d'ombre
A l'intérieur de moi, il faisait froid et sombre

Et je me vois vraiment
Dans le miroir que tu me tends
Tel que je suis vraiment
Alors je cède et je me rends

Pour toi, je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Tu mets en lumière toutes mes zones d'ombre
A l'intérieur de moi, il faisait froid et sombre
Je dépose corps et armes
Je dépose corps et armes
Je n'oppose aucune sorte de résistance
Tu me fais renaître et je savoure ma chance

Car tu me vois vraiment
Car tu me vois, tu me ressens
Tel que je suis vraiment
Car tu me vois et tu m'entends

2010-12-14

Claude et Suzanne




And I saw new heavens and a new earth

Sur mon cou



Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve,
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.

Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.

Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier, plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

Ô Traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.


Jean Genet

2010-12-12

Jusqu'au bout du monde

El Camino del Rey, 2010, danielahnen, Youtube.com

2010-12-09

Rappelez-vous


- Tentons autre chose. Je pense à une méthode ancienne. Je ne peux rien promettre. Il se peut que des bribes de souvenirs reviennent. Mais il peut aussi ne rien se passer. Acceptez-vous d’essayer ? Vous êtes très détendu, vous n’entendez plus que ma voix, vos paupières deviennent lourdes, vos jambes et vos bras sont de plus en plus lourds, je vais compter jusqu’à trois, lorsque je dirai trois vous dormirez, un deux, rappelez vous le jour où vous êtes arrivé, trois, vous dormez, rappelez-vous encore plus loin lorsque je dirai trois, un, deux, trois, rappelez-vous…

- Let’s try something new. I’m thinking of an old technique. I can’t promise anything. Maybe snatches of memories will come back. Maybe nothing won’t happen. Are you willing to try ? You are very relaxed. You hear only my voice. Your eyelids are getting heavy, your arms and legs are getting heavy, I’m going to count to three, when I say three you will be asleep, one, two, remember the day you came here, three, you’re sleeping, remember even further back, when I say three, one, two, three, remember…











- Je peux me souvenir d’il y a très longtemps, bien avant ma naissance, j’attendais avec ceux qui n’étaient pas encore nés… Quand on n’est pas encore né, on sait tout. Tout ce qui va arriver. Quand c’est votre tour, les Anges de l’Oubli mettent un doigt sur votre bouche, chut, ça laisse une marque au dessus de la lèvre, ça veut dire que vous avez tout oublié. Moi, les Anges ont passé mon tour.

- I can remember a long time ago, long before my birth, as waiting with those who were not yet born. When we’re not born yet, we know everything. Everything that will happen. When it’s your time, the Angels of Oblivion place a finger in your mouth, Shhh, it leaves a mark on the upper lip, it means that you have forgotten everything, but the Angels missed me.







- Alors il faut trouver un papa et une maman. C’est pas facile de choisir.

- Then you have to find a daddy and a mommy. It’s not easy to choose.









- Finalement j’ai choisi ceux-là. Parce que la dame sentait bon.

- In the end, I chosed them, cause the lady smelled nice.

Mr Nobody, Jaco Van Dormael, 2010