2016-07-24

The Thirteenth Floor

The Thirteenth Floor (Passé virtuel), Josef Rusnak, 1999
Simulacron-3, Daniel F. Galouye, 1964

2016-07-22

Dear François

Dear François, Russia knows terror and the threat that it creates for all of us.

2016-07-16

Corydon et Pyramidon

LES NUITS DE WALPURGIS
Corydon et Pyramidon
par Maurice DEKOBRA
(Illustrations de Vertès)
III
Nous gravissons l’escalier du square Saint-Pierre, tandis qu'un filet de clarté lunaire coule sur la rampe inclinée. Les prunelles opalescentes d'un chat nous guettent dans un soupirail de cave. Voici la rue Berthe et la Petite Chaumière... Entrez Télémaque. Ecartez cette tenture et venez-vous asseoir dans ce coin. Il y a des travestis, mais le loup ne vous mangera pas.
- Quelles sont ces dames qui dansent au rythme saccadé du jazz ?
- Ces dames sont des jeunes hommes qui jusqu'à deux heures du matin porteront des vêtements de femmes pour la plus grande joie des dilettantes.
- Ce n'est pas possible !... Vous êtes sûr que cette jolie blonde enturbannée, décolletée, poudrée, maquillée, n'est,-point du sexe qu'honora George Sand? Que, cette brune capiteuse aux bras nus, vêtue de linon vert jade, n'est pas la petite-fille de Carmen ? J'ai peine, à le croire, cher Mentor!
- Et.pourtant,cela est... MM, Doris, Riva Siva, Colinette, Willy, Christian, Saint-Emond, et le célèbre Zigoui-goui ne firent pas leurs humanités au lycée de jeunes filles Jules-Ferry, qui dresse en face de l'Hippodrome ses austères murailles de briques. Votre erreur mon ami est d'ailleurs excusable, dans un siècle où les Femmes montrent avec orgueil des nuques tondues de condamnés à mort.
- Oh! Oh!. J'aperçois sur la banquette un petit livre blanc, fileté de noir et de rouge, marqué au, monogramme de la Nouvelle Revue Française... Par quel miracle cet in-16 s'est-il échappé de la rue de Grenelle, pour venir s'échouer sur le flanc de la Butte ?
- Demandez-le à M. André Gide, dont l'opuscule, édité en 1911 à douze exemplaires, a été réédité en 1924 à 5.000 exemplaires...
Son livre est une série de dialogues commentant la doctrine socratique et l'uranisme grec selon Lucien... Télémaque, reculez-vous un peu pour faire place à cette dame qui veut s'asseoir...
 - Encore un homme ?
- Non. Cette fois, c'est bien une femme... Une spectatrice attirée par cette mascarade équivoque...
- Est-ce que certaines femmes aiment les hommes en jupons ?
- Pascal a dit : Tous les goûts sont dans la nature.. Ou bien hors la nature.
Le jazz s'apaise. Les conversations vrombissent dans l'atmosphère enfumée, comme des abeilles invisibles. A notre droite, deux, Américaines braquant leur face-à-main vers l'entrée du lavabo, échangent, mezza-voce, des appréciations qui vibrent dans leurs narines étroites :
- Look at him !
- Too funny for words !
Cependant Télémaque feuillète le livre.
- En somme, le problème de l'inversion sexuelle a passionné les plus grands esprits, depuis Diodore de Sicile, Platon et Goethe jusqu'à Remy de Gourmont. Je crois même que l'auteur de Faust a dit :
« Le corps de l'homme est plus beau de beaucoup, et plus parfait, et plus accompli que le corps de la femme... »
A ces mots, notre voisine, se retourne et murmure en croquant une amande grillée :
- Ah! non... Les propos, du grand poète allemand sont répugnants !
- Vous avez raison Madame... Sur ce chapitre-là, tout le monde à d'ailleurs raison, parce qu'il n'y a que des cas particuliers et que la norme, voilà l'ennemie ! J'ai visité un jour à Berlin, l'Institut des Sciences Sexuelles (In den Zelten, n° 10) auquel préside le Dr Magnus Hirschfeld. Ce médecin a fait en Allemagne, par la parole et par le film, une propagande effrénée pour obtenir l'abolition du paragraphe 375 du Code, qui punit l'homosexualité. Pourquoi ? Parce que les adeptes de cette religion ne sont pas responsables de leur inversion. Ils sont victimes d'influences ancestrales remontant au temps où les humains étaient bisexués.
La petite dame en noir réfléchit et interroge :
Au dire de M. Gide le spectacle de ces jeunes gens travestis ne serait donc qu'une sorte de reconstitution historique ?
- Vous l'avez dit, Madame.., Les amours normales et anormales remontent à la plus haute antiquité, pour m'exprimer comme les magisters. Vous avez sans doute entendu parler de Montesquieu ? Quand il ne commentait pas l'esprit des lois, il narrait ses voyages en Italie et écrivait : « A Rome, les femmes ne montent pas sur le théâtre ; ce sont des castrati habillés en femmes... Il y avait, de mon temps, au théâtre, de Capranica, deux petits châtrés, Mariotti et Chiostra, habillés en femmes, qui étaient les plus belles créatures que j'aie vues de ma vie et qui auraient inspiré le goût de Gomorrhe aux gens qui ont le goût le moins dépravé à cet égard...
- Chimène, qui l'eut dit ! Rodrigue, qui l'eut cru ! s'écrie Télémaque en bayant aux corneilles.
Mais la petite dame en noir semble vivement intéressée par la prose de Montesquieu. Elle lit, le livre caché derrière le seau à champagne, tandis que nos voisins regardent un French cancan, exécuté selon les rites par.quatre messieurs parés des fanfreluches de rigueur. Télémaque se penche vers moi et chuchote :
- La petite dame en noir me plaît... Permettez- vous que je l'emmène et qu'elle partage, avec nous les hasards, de nos pérégrinations nocturnes ?
Mais déjà Télémaque m'a tourné le dos et discute avec la compagne de son choix, Et tandis que Mlle Charmes, le fin diseur, égrène ses strophes,dans le brouhaha des noctambules, j'entends à mon côté Télémaque et la petite dame en noir traiter le divin Homère de vieux pornographe parce que son immortelle Iliade a eu pour leitmotiv la coupable passion d'Achille pour Patrocle !
- Où allons-nous à présent ?
- Chez mon Beau-frère. Ce n'est pas très loin... A une porte de toboggan, sur l'autre versant de la Butte.
Télémaque bat des mains et me dit :
- Mentor, souffrez que je vous présente Mlle Hermine qui veut bien nous accompagner cette nuit.
La petite dame en noir me sourit en serrant dans sa senestre un étui à cigarettes de cristal de roche, semé d'émeraudes en quinconce. Nous pénétrons Chez mon Beau-frère. A la porte, des 5 HP dorment sous l'aile protectrice de quelques Hispanos hautaines. Autre décor. Même musique. Pas de travestis. Une assemblée d'hommes. Il y a trois femmes dans la salle. La caissière, une sylphide parée de jais et Mlle Hermine. Les messieurs dansent entre les tables, gravement, correctement, deux par deux, comme des jeunes filles bien élevées dans un cours de la rive gauche.
- C'est moins pittoresque, dit Hermine en allumant une Abdullah à son briquet minuscule, or et platine.
- C'est plus régulier, répond Télémaque. Et il ajoute à.mon oreille : « Vous savez que Mlle Hermine me plaît infiniment, avec son petit nez aristocratique et son foulard de cow-boy de l'Arizona... Pariez-vous cent sous que je l'embrasse sur la bouche ?
- Chut !.., Vous voulez vous faire remarquer, mon ami.
Les blues se succèdent. Les danseurs changent. de "dames" et recommencent. A ma droite, un jeune Scandinave tâche à se faire comprendre de ses interlocuteurs, un petit Anglais beau comme Antinoüs et un Argentin aux cils épais et drus. Ils font une macédoine de langues et parlent un français entrelardé d'anglais et truffé d'espagnol. Mlle Hermine vient de poser sa petite main, adornée d'une topaze et d'un solitaire étincelant, sur la manche de Télémaque qui frisonne. Elle nous déclare :
- Ça me rappelle un tout petit Kabarett berlinois, du côté de la Kautstrasse, à Charlottenburg, installé dans un sous-sol, derrière un garage et tenu par un ancien hauptmann des fusiliers de la Garde, mutilé de la guerre et héros méconnu des scandales d'Eulenburg, stigmatisés jadis par Maximilien Harden. Un soir, je m'y rendis, avec un Viennois de mes amis, pour assister à une messe rose chantée, ou plutôt beuglée. Le héros de la fête était le hauptmann A. D. À minuit précis, on éteignit les lumières. Quand on les ralluma, nous vîmes au milieu de la petite salle, un hercule prognathe aux cheveux bouclés, debout sous le lustre de pur style munichois, couronné de feuilles de lierre et vêtu d'un surplis de gaze pourpre. Il déclama en allemand des vers déliquescents. Au signal donné par le maître de céans, nous nous mîmes à bombarder son surplis de gaze avec des espèces de teignes qui s'accrochaient aux plis de l'étoffe... Cinq minutes durant, le Saint-Sébastien de Charlottenburg demeura exposé à nos tirs convergents. Quand il eut pris l'aspect d'un hérisson, il laissa tomber son vêtement et l'hauptmann cria : Encore ! Les teignes, tombèrent de nouveau, le pianiste exécutait avec virtuosité le Carnaval de Schumann... Tout à coup, le manager du Kabarett parut avec un fouet de roulier et se plut à frapper sauvagement l'hercule qui ne protestait pas. Des spectateurs manifestèrent. On cassa des verres. Je crus bon de filer avec mon ami avant l'arrivée. de la police verte. Vous ne prétendez plus qu'on ne sait pas s'amuser à Berlin.. Une allumette, s'il vous plaît... Merci... Dites moi, mes amis, ce jazz m'agace et ces gentlemen qui dansent si tristement m'ennuient... Où allons-nous ?
 -Il est une heure, Mlle Hermine...Le cortège va défiler au Bal de l'Internat. Voulez-vous voir cela?
- Oui ! Oui ! Je n'ai jamais contemplé de carabins en goguette.. Partons !
Luna-Park... Toute l'avenue de la Grande-Armée est en rumeur.. Des groupes passent, aux coiffures hétéroclites, aux jambes nues, sous les pardessus... La police fait la haie. Nous voici dans l'immense hall où Bicêtre, Tenon, Boucicault, Broca, Saint-Antoine, tiennent leurs assises de carton peint. Des grappes humaines, kaléidoscope vivant, s'agglutinent le long de la galerie du premier étage... En bas la foule des travestis s'entrecroise, danse, virevolte et s'ébroue. Le nu sera bientôt de rigueur. Voici déjà deux femmes, comme Eve avant le péché, qui se promènent au bras d'un tambour-major portant pour foute parure son tambour et ses deux baguettes.
Télémaque vient de rencontrer dans la cohue du premier étage la belle Lady W..., qui a déserté les sévères ombrages de Regent's Park pour assister aux manifestations les plus éclectiques de la vie parisienne. Elle nous hèle cordialement. Présentations. Champagne. Télémaque me confie Lady W... afin de se consacrer tout entier à Hermine.
En place pour le défilé ! Le premier char sera la greffe de Voronoff. On hisse une femme sur le char. Elle est pudiquement vêtue d'un demi-mètre de tarlatane.
La tarlatane rose s'effiloche entre les doigts péremptoires des manifestants. La femme en a pris son parti. Ce soir, les décrets-lois du roi Pausole sont appliqués.sur le territoire de Luna-Park. Musique. Voronoff passe. Voici maintenant l'Opium. Un guerrier chinois montre aux Occidentaux une créole, au corps cuivré. Puis les Vermifuges, des Enfants malades... "De beaux grenadiers et des nonnes agiles, dit le programme, repoussent les Ascaris et écrasent leurs oeufs. Grâce à la courge, les petites filles sont libérées de tout souci..."
Les bravos crépitent... La Charité s'avance avec son cortège nuptial...
La fête continue... Lady W... se retire. Elle sera bientôt rentrée à Londres. J'espère bien qu'elle ne racontera pas dans les salons de Mayfair que tous les bals à Paris ressemblent au Bal de l'Internat et que les Français n'aiment que dans le costume d'Adam !
Télémaque accourt vers moi éploré !
- Hermine à disparu !... Je l'ai suivie jusqu'à la porte. Je l'ai vue monter dans une Rolls bleu paon, pilotée par un chauffeur nègre. Elle m'a fait un petit adieu de la main... Et, je n'ai pas son adresse... Quel dommage !
L'orgie continue. Une petite rousse au nez rougi, parée de deux coupoles de coton hydrophile sur les seins, s'élance plus légère qu'Artemis poursuivie par trois carabins armés de clystères. Les clystères passent ; la petite rousse reste. Elle s'assied sans façons sur le bord de ma table. Nous causons. Elle tapote ses narines avec le revers de sa main et me demande, confidentielle :
- T'en as ?
- De quoi donc ?
J'ai deviné son désir, mais veux la faire parler. Elle précise :
- T'as de la bigornette ?
- Je ne vends pas de coquillages.
- Fais pas la bête. Je parie que t'as de la neige plein tes poches ! T'as vu dans les Journaux, l'affaire de la Comédie-Française... Ils parlent tous de l'aventure de M. Roger Gaillard... Paraît que les argonsins ont déniché dans sa commode une pincée de poudre... On a même dit qu'il aurait été dénoncé par une fervente qui cachait la sienne dans son coffre-fort, entre ses bons de la Défense et ses Royal Dutch... Mince de cachette ! Si j'étais actionnaire de la Royal, j'aurais une soupière de coco en permanence dans mon buffet... Sans blague, tu ne sais pas où je pourrais en trouver ici ?
- Hélas non !
- Ecoutez, soyez gentils, déposez-moi en taxi du côté de la Place Blanche, je me débrouillerai.
- Comment vous appelez-vous Mademoiselle ?
- Je m'appelle Fifine... pour Joséphine et je me suis fait f... à la porte y a quatre ans pour incomptabilité d'humeur avec la môme qui s'habillait dans ma loge. Un soir que j'étais nerveuse, je lui ai cassé un quart-soda sur la tête... Mais ça c'est de l'histoire ancienne.
- Alors Mlle Fifine, nous allons vous accompagner pour voir comment vous vous procurerez la néfaste drogue...
Nous voici en voiture, avec Mlle Fifine, cette petite rousse arbore sans malice un nez, joli de marquisette sur une grande bouche de campagnarde réjouie. Nous partons en quête du Graal, d'un graal rempli d'une poudre qui grignote le nez des humains et ronge leur cerveau comme un ver blanc...
Maurice DEKOBRA
La semaine prochaine : SA MAJESTE LA COCO, par Maurice DEKOBRA

Cyrano : satirique hebdomadaire, 2 novembre 1924
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k61091366/f6.highres


2016-07-14

2016-07-04

Rrose




Tolokonnikova

ELLE
Nadia Tolokonnikova : « Je ne suis plus la Pussy Riot d’avant ! »
On l’a connue en performeuse punk anti-Poutine. Deux ans après sa libération, Nadia Tolokonnikova publie un livre manifeste, entre dérision et rébellion.
Nadejda (Nadia) Tolokonnikova a gardé dans sa chevelure brune des mèches vertes et sur ses mains des ongles multicolores. Clin d’œil aux couleurs acidulées qu’elle portait quand elle hurlait avec les Pussy Riot des chansons punk anti-Poutine et féministes dans le métro ou une cathédrale moscovite. Cette dernière performance lui a valu, en août 2012, d’être enfermée dix-huit mois dans les camps les plus durs de Russie. Dans « Désirs de révolution », un livre mêlant chansons, tweets révolutionnaires et souvenirs, elle raconte les débuts des Pussy Riot, le procès, les amours derrière les barreaux. À visage découvert, quelque part entre Lady Gaga et Andreï Sakharov, Nadia continue de défier Vladimir Poutine. Rencontre.

ELLE. Dans votre livre, vous racontez que, quand vous vous présentez en quelques mots, vous dites « Nadia. Two years of prison ». Ces années vous définissent-elles ?
Nadia Tolokonnikova. Pourquoi pas ? Cela dit beaucoup de soi. Mais il ne faut pas prendre ce que j’écris au premier degré. Tout est une grande blague pour moi. J’ai fini en prison parce que Vladimir Poutine se prend trop au sérieux. Des gamines en collant avec des cagoules, cela aurait dû le faire mourir de rire.
ELLE. Vous vivez à Moscou. Êtes-vous libre d’aller et venir ?
Nadia Tolokonnikova. Je suis libre. Et le pouvoir est libre de me surveiller, de m’arrêter, de me tabasser… Il y a différentes sortes de libertés en Russie ! Un de mes amis a été attaqué en Tchétchénie, il a été battu, la voiture dans laquelle il se trouvait a été brûlée, le conducteur a eu la jambe cassée. Mais on continue.
ELLE. Votre dernier clip dénonce la corruption du procureur général de Russie. Avez-vous pris des risques en le tournant à Moscou ?
Nadia Tolokonnikova. Il nous a surtout été difficile de trouver des gens pour participer au tournage. Tout le monde craignait que ce ne soit trop dangereux de critiquer la clique de Poutine. De nombreux participants ont ensuite perdu leur travail, en mesure de rétorsion. Le lendemain de la diffusion, la chorégraphe a été limogée de son poste de directrice d’un théâtre.
ELLE. Aucune d’entre vous ne porte de cagoule. Le mode d’action des Pussy Riot a-t-il changé ?
Nadia Tolokonnikova. Si vous regardez bien la vidéo, certaines ont des masques d’oiseaux. Quant à moi, tout le monde connaît mon visage. Ce n’était pas ma décision de le révéler, mais celle du gouvernement. Ce serait ridicule de prétendre qu’il ne s’est rien passé. Et terriblement ennuyeux de faire la même chose encore et encore. Je sais qu’on voudrait que je sois la Pussy Riot d’il y a cinq ans, mais je ne le suis plus !
ELLE. Vos performances n’étaient-elles pas aussi inscrites dans une période d’espoir, révolue aujourd’hui ?
Nadia Tolokonnikova. Fin 2011, quand nous avons commencé, nous pensions que les choses pouvaient changer. Il y avait dans l’air quelque chose de burlesque, de carnavalesque, de drôle… Cette Russie n’existe plus. Les artistes doivent être en phase avec l’époque, or, la population aujourd’hui est apathique. Elle a peur. Les gens ne pensent plus à rire, mais à survivre. Nous sommes en pleine crise économique, nous sommes en guerre, en particulier en Ukraine. Il ne serait pas éthique de chanter en robe d’été dans la rue.
ELLE. Qui sont les Pussy Riot aujourd’hui ?
Nadia Tolokonnikova. Qui veut peut rejoindre le collectif. Même si ce ne sera pas bon pour sa carrière ! J’ai fondé les Pussy Riot avec Katia Samutsevich, mais elle ne semble plus intéressée. Quant à Macha [Macha Alyokhina, qui a également été emprisonnée presque deux ans, ndlr], elle ne participe plus aux performances artistiques. Mais nous travaillons ensemble au sein de notre ONG, Zona Prava, pour défendre les droits des détenus et nous avons créé ensemble un site d’information, Media Zona.
ELLE. Après votre libération, vous avez été, pour l’Occident, une sorte d’icône pop. vous avez posé dans des magazines.Cela a-t-il été compliqué à concilier avec votre culture punk ?
Nadia Tolokonnikova. Beyoncé et Lady Gaga sont des icônes pop. J’aimerais avoir leur pouvoir. Moi, je ne suis qu’une artiste de niche. Ce qui s’est passé, c’est que, après ma libération, je n’ai pas osé dire « fuck ». Je ne pouvais même pas écrire ce que je voulais sur Facebook car tout le monde, en Russie, attendait de moi que je sois Sakharov. Quand vous avez été un prisonnier politique, vous avez le devoir moral d’être exemplaire. Mais je ne veux pas être un modèle. Au bout d’un an, j’ai retrouvé ma liberté de parole.
ELLE. « Désirs de révolution » n’est pour l’instant pas publié en Russie. S’adresse-t-il aux jeunes Occidentaux ?
Nadia Tolokonnikova. Le besoin de révolution ne concerne pas que la Russie. J’ai beaucoup voyagé, il y a beaucoup à faire ailleurs. Aux États-Unis, par exemple, où j’ai passé trois mois, un ami a vu un proche mourir d’un cancer parce qu’il n’avait pas les moyens de payer son traitement. Même sous Poutine, nous bénéficions d’un meilleur accès aux soins. C’est ainsi que j’en suis venue à soutenir Bernie Sanders. Cela devrait inspirer d’autres politiques, y compris en Russie.
ELLE. Vous écrivez des chansons sur Bernie Sanders et sur Donald Trump. De quoi parlent-elles ?
Nadia Tolokonnikova. De cette Amérique qui laisse tuer les gamins noirs dans la rue, ferme la porte aux réfugiés… Je ne prétends pas influencer le débat politique américain. Si je pouvais inspirer une ou deux chansons politiques, ce serait déjà bien.
ELLE. Parlez-nous de votre site, Media Zona.
Nadia Tolokonnikova. En 2014, après notre libération, le gouvernement russe a fermé de nombreux médias indépendants. De très bons journalistes se sont retrouvés sans travail ou ont dû démissionner pour éviter la censure. Nous avons décidé de créer notre propre média, financé avec nos concerts, nos discours… Nous avons commencé par couvrir des procès politiques et les violences policières pour montrer enfin la réalité de la société russe. Depuis l’an dernier, nous traitons aussi des questions politiques comme les élections locales, la corruption, la persécution d’activistes. Notre but est de fournir des faits, pas des opinions.
ELLE. Votre troisième pilier d’action est la défense des droits des détenus. Où en êtes-vous ?
Nadia Tolokonnikova. Nous venons de remporter une victoire devant la Cour européenne des droits de l’homme. Nous avions obtenu la libération d’un premier prisonnier atteint d’un cancer, fin 2014, mais la loi qui permet de libérer les détenus gravement malades n’est pas appliquée. Il faut se battre devant un tribunal. Nous avons ainsi fait libérer 18 personnes qui risquaient de mourir, faute de soins. Avec notre aide, ce premier détenu a porté plainte contre le gouvernement pour avoir empêché un accès au traitement. Il a obtenu 20 000 euros. Nous espérons avoir gain de cause sur 15 dossiers similaires. Nous avons également obtenu l’ouverture d’enquêtes sur des tortures policières. Voilà ce qui a du sens pour moi aujourd’hui.
« Désirs de révolution », de Nadejda Tolokonnikova (éd. Flammarion).

tempsreel.nouvelobs.com
Nadejda, Pussy Riots : "Nous avons besoin d'une révolution"
Nadejda Tolokonnikova est le leader du célèbre groupe punk anti-Poutine. A 26 ans, la jeune artiste, emprisonnée durant deux ans, publie un livre sur son histoire et appelle à l'insurrection. Rencontre.
Elles étaient trois et se sont séparées. Désormais les "Pussy Riots", ce célèbre groupe punko-libertaire russe qui a défié Poutine, c’est elle : Nadejda Tolokonnikova, 26 ans, et la beauté du diable. A 18 ans, elle vivait dans des squats et participait, nue et enceinte, à une orgie sexuelle au milieu des ours du Muséum d’histoire naturelle de Moscou, un happening filmé et diffusé sur les réseaux sociaux, censé moquer la politique nataliste du Kremlin…  C’était en 2007, les premiers pas du groupe et le début des 400 coups…
Condamnée à deux ans de camp de travail pour avoir chanté en février 2012 une "prière punk" contre le président Russe dans la cathédrale du Christ-Saint-Sauveur à Moscou, la jeune femme, soutenue par Madonna et Hillary Clinton, qui publie aujourd’hui chez Flammarion un livre très personnel sur son histoire, n’a rien perdu de sa détermination.
On la rencontre à Paris, calme et posée, tout en retenue, dans un hôtel chic du sixième arrondissement. Seule la discrète mèche verte fondue dans le casque de cheveux noirs et les ongles assortis, parfaitement manucurés dans un camaïeu de bleu, rappellent son passé de punkette féministe délurée. Derrière sa froideur apparente et ses demi-sourires un peu crispés, on la devine timide, fragile, inquiète de ne pas être à la hauteur. Comme dépassée par ce tourbillon médiatique, où on lui demande de se prononcer sur la crise syrienne et d’expliquer le retrait des troupes russes... Elle n’est pas experte en relations internationales ni en stratégie militaire. Tout ce qu’elle veut, c’est se battre pour le retour de la liberté dans son pays. C’est tout et c’est beaucoup. Rencontre avec une jeune artiste touchante qui n’a pas froid aux yeux.

Où en sont les Pussy Riot aujourd’hui ?
- Elles vont très bien ! Je viens de tourner un clip intitulé "Chaika", du nom du procureur général de Russie. Diffusé sur YouTube, il parle de son fils, un personnage qui illustre parfaitement la corruption des élites russes, la manière éhontée dont elles s’enrichissent, leur activités criminelles et leurs liens avec la pègre, l’argent planqué dans des paradis fiscaux… Son cas a clairement été mis en évidence par l’opposant Alexei Navalny, avec sa fondation anti-corruption. Cet activiste est devenu le principal opposant de Poutine. J’ai fait ce clip pour l’aider, pour relayer son travail. Et je l’ai dit d’emblée : toute ressemblance avec des faits réels et des personnes connues, n’est pas un hasard, mais intentionnelle.

Arrêtée à 22 ans, vous avez été emprisonnée durant deux ans dans un camp de travail. Même si vous en parlez avec beaucoup de retenue, ce que vous racontez dans votre livre fait froid dans le dos. Comment se reconstruit-on après une telle épreuve ?
- Chaque matin, en me levant, je suis confrontée à un tas de problèmes concrets : comment trouver un bon caméraman, comment louer une salle… Avec mon mari, nous développons aujourd’hui un site d’information en ligne, qui dénonce les abus de pouvoir, les conditions de vie dans les prisons, les exactions… En tout, nous avons une trentaine de personnes qui travaillent avec nous, des journalistes, des techniciens, des juristes, qu’il faut payer chaque mois. Je n’ai franchement pas le temps de me poser de questions existentielles, d’avoir des états d’âme, ni même de me demander si j’ai peur.

Depuis vous avez été arrêtée à plusieurs reprises, interrogée, battue… Mais vous restez à Moscou…
- Oui, car c’est là que je peux être utile et faire des choses. Attention, je ne suis pas héroïque. J’ai la chance de beaucoup voyager, je viens de passer un mois aux Etats-Unis, mais demain, je rentre à Moscou. Pour l’instant, je reste en Russie, car c’est là qu’est mon combat. De toute façon, le danger est partout, à Paris comme à Moscou. Je préfère prendre des risques et faire bouger les choses, qu’être à l’abri et m’ennuyer. Mais je ne dis pas que j’y resterai toujours ! Peut-être qu’un jour je partirai et il ne faudra pas me reprocher d’être lâche ; c’est comme promettre qu’on ne parlera pas sous la torture. On ne sait jamais ce qui peut se passer ni comment on va réagir. J’ai une fille de huit ans que je dois protéger.

Durant votre arrestation, vous avez bénéficié d’un large soutien international, jusqu'à Madonna, mais finalement pas tellement en Russie.
- C’est tout à fait normal. D’abord, je ne plais pas à tout le monde. Ce n’est pas mon but. Ensuite, me soutenir, en Russie, c’est se mettre en danger, risquer d’être arrêté, de perdre son travail. C’est beaucoup plus dangereux pour un étudiant russe d’aller à une manifestation illégale de soutien aux Pussy Riots, que pour Madonna, de me faire monter sur scène à son concert. Même si j’ai beaucoup de respect pour Madonna, elle prend nettement moins de risques. Les Russes doivent-ils se mettre en danger pour me défendre ? Je comprends qu’ils ne le fassent pas, et je ne le leur demande pas. A leur place, je ferais sans doute la même chose.

Vous appelez à la révolution... En même temps, tous les sondages le montrent, malgré la crise économique, Vladimir Poutine reste très populaire en Russie…
- Et alors ? Hitler aussi était populaire en Allemagne. Poutine utilise les même ressorts : la peur, le nationalisme, l’intolérance, le repli sur soi… Les médias sont sous contrôle. Les Russes sont quotidiennement bombardés d’une propagande permanente. La vie des gens est aujourd’hui très difficile. Beaucoup sont obligés d’avoir deux emplois et quelquefois ils n’arrivent même pas à gagner 100 euros par mois. Ils luttent pour nourrir leur famille, ils n’ont pas le temps d’aller chercher des informations sur Internet, ils sont dévorés par le quotidien. Ils entendent à la télévision que je suis payée par Hillary Clinton pour détruire la Russie. Et ils se disent que si les médias le disent, c’est que ça doit être vrai.

Vous êtes née dans les années Eltsine. Ne pensez-vous pas qu’après les pénuries de l’époque Gorbatchev et la période de chaos total qui a suivi, les Russes aspiraient à un retour à un certain retour à l’ordre, à une normalité, avec enfin un vrai "patron" à la tête le pays comme on dit à Moscou ?
- Le problème, c’est que Poutine n’est ni un vrai patron, ni un bon manager ; il n’a pas restauré l’ordre, mais installé un système de prébendes, institutionnalisé la corruption. Il n’a pas diversifié l’économie, qui continue à dépendre quasi exclusivement des hydrocarbures, avec les résultats que l’on voit aujourd’hui. Les prix augmentent, les caisses sont vides. Les produits occidentaux sont boycottés, mais on ne voit pas de produits russes à la place, car l’industrie russe est détruite.

Vous avez commencé à militer contre Poutine en 2007. La situation s’est elle dégradée depuis ?
- Vous n’imaginez pas à quel point. Entre le moment où j’ai été arrêtée, en 2012 et le moment où je suis sortie de prison, en 2014, l’atmosphère avait complètement changé. J’ai retrouvé des gens complètement déprimés, apathiques. Je disais à mes amis, c’était à se demander qui avait été en prison ! Entre temps il y avait eu la guerre en Ukraine, l’avion de ligne de la Malaysian Airlines abattu au dessus de l’Ukraine.
Dans les prisons, on torture, on exécute. Les espaces de liberté se sont refermés. Il se passe des choses dans l’opposition, mais comme à l’époque soviétique, c’est très difficile de le faire savoir à l’extérieur. Et notre travail aussi a changé. Aujourd’hui, les premiers happenings burlesques, colorés, joyeux des débuts ne sont plus du tout de mise. La situation est très sombre.

Votre livre est-il publié en Russie ?
- Bien sûr que non. L’éditeur qui déciderait de le publier prendrait un énorme risque. Personne ne voudra le faire et je ne le demanderai pas. Ce ne serait pas éthique de mettre quelqu'un en danger. Je ne peux même pas trouver un imprimeur qui accepte de le reproduire. Mon seul espoir, c’est de le mettre en ligne. Encore faut il trouver la bonne plateforme. Ce n‘est pas si facile. On est revenu au temps de l’Union soviétique, à l’époque du samizdat.

Propos recueillis par Natacha Tatu

Chaika



Chaika
Be humble, learn to obey, don’t worry about material stuff
Be loyal to those in power because power is a gift from God, son.
I love Russia, I’m a patriot...

Live like a saint with holy simplicity...
Don’t eat too much, be humble when you shop
And soon you’ll be all set!
First a deputy...
then a district attorney...
join the communist party...
make friends with the oligarchs...

I’m a patriot. Straight out of Khabarovsk.
And I choose to do business here, not in Europe, where they've got gay people,
But in mother Russia, where I live.

Be humble, learn to obey, don’t worry about material stuff
Be loyal to those in power, cause power is a gift from God, son
I love Russia, I’m a patriot...

Sure it’s nice to vacation in Greece or in Nice
Won’t go to Crimea, though, too many power cuts and problems
But if you ask me what I want "To do business here or over the border?"
I’ll tell you that I’m devoted to our old Russian business traditions:
First, the cops will pull you in for questioning
Then it’ll look like an accident, you’ll be fed to the fish,
We’ll bury anyone you wish,
We’ll find nice jobs in prison for anyone who’s too smart
We look out for our homies you know-friendship, brother, is sacred here
No problem, brother, we’ll get those criminal charges off your butt
Anyone who talks too much will be buried alive.
Anyone who fucks around will enjoy time in jail.

I don’t think Navalny or Pavlensky will bother you any more, Vladimir.

Be humble, learn to obey, don’t worry about material stuff
Be loyal to those in power, cause power is a gift from God, son
I love Russia, I’m a patriot...

Take, for instance, the boss of the Irkutsk Shipyards.
He wasn’t in line with our interests.
That boss didn’t want to sell or pay...
but the Good Lord always finds a way...
A garage, a stool, a rope, late at night...
We can gently show the director the light.
Our boys get official congratulations
While the poor guy gets a cut from strangulation

My son wanted a salt mine for Christmas, not a tree...
The priest said family values are sacred...
Don’t worry, son!
We’ll shut up all our competitors...
You’ll have your bricks, your ships, and your salt mine...
I’m a man of my word. I told you I’d take care of everything...

Be humble, learn to obey, don’t worry about material stuff
You wanna get away with murder? Be loyal to your boss...
I love Russia, I’m a patriot...

But if you ask me, “Is it really time for Russia to expand and invade?”
You better believe it is! The more Russia we have, the more we can milk it!
I’m a patriot!
And I choose to do business here, not in Europe, where they got gay people,
But in mother Russia, where I live.
And if we are going to kill and steal, I’ll always choose my motherland and I’ll do all that here at home...
We’ll get help from DA’s in Kaluga and Khabarovsk...
Our sweet killers Tsapok and Tsepovyaz have our backs in Krasnodar down South.

What we have here is nothing like what they’ve got in Switzerland!
I run the war on corruption here, or, to be precise, I run the corruption here...
I love Russia! I’m a patriot!
...but I would live in Switzerland...

And son, if you do worry about material things in life,
then be loyal to Putin forever, son!
I love Russia! I’m a patriot!

Be humble, learn to obey, don’t worry about material stuff
You wanna get away with murder? Be loyal to your boss...
I love Russia, I’m a patriot...(x3)

Chaiki (Чайки)
Будь смиренным, будь кротким, не заботься о тленном
Власти, данной Богом, сынок, будь навеки верным...
Я люблю Росcию, я - патриот...

Живи просто, святому подобно...
не ешь скоромное,1потребляй скромно
И станешь на ноги скоро!
Зампрокурора...
Прокурор...
Коммунистическая партия...
Дружба с олигархами...

Я - патриот. Сам из Хабаровского края.
И дела решать не в какой-то вашей, там, "гейропе"2 выбираю,
а на Родине, в России-матушке предпочитаю.

Будь смиренным, будь кротким, не заботься о тленном
Власти, данной Богом, сынок, будь навеки верным...
Я люблю Росcию, я - патриот...

Отдыхать, конечно, приятней в Греции или в Ницце
Не поеду на Форос3 - говорят там перебои с электричеством...
Но если кто меня спросит: "иметь бизнес тут или в загранице?", то тут я - сторонник российских традиций.
Кого надо допросим, порешаем, кирпич вовремя уроним, рыбам скормим...
Кто не нужен - того похороним...
Слишком резвых мы на "зоне" трудоустроим...
За своих мы до конца стоим, понял?
Ведь дружба, брат, это - святое!
Без проблем, брат, уголовное дело твоё закроем.
Тех, кто много п...ит4- зароем,
Кто будет вы...ться5- уедет под конвоем.

Надеюсь, Володя, Лёша Навальный и Петя Павленский тебя больше не побеспокоят.

Будь смиренным, будь кротким, не заботься о тленном
Власти, данной Богом, сынок, будь навеки верным...
Я люблю Роcсию, я - патриот...

Есть, например, директор в Иркутском пароходстве,
С нашими интересами не имеет, с..ка,6никакого сходства,
Директор не отдаёт пароходы...
А у Господа Бога свои заходы...
Гараж, табуретка, верёвка, ночь...
Директору, решаем, нужно помочь:
На погоне - новая звезда,
На шее - страмбуляционная борозда...

Сын попросил на рождество не ёлку, а месторождение соляное...
Духовник мне сказал, что семейные ценности - это святое...
Не беспокойся, сыночек!
Конкурентов, сыночек, мы легко успокоим...
Будет тебе и кирпичное и корабельное и соляное...
Я - хозяин слова! Я же говорил, что всё устрою...

Будь смиренным, будь кротким, подумай о тленном
Хочешь мочить7и не попасться - начальству будь верным...
Я люблю Роcсию, я - патриот...

И если кто меня спросит - строить или не строить "новороссию"?
Конечно строить! Чем больше Россия - тем больше удои!
Я - патриот!
И дела решать выбираю не в какой-то вашей, там, "гейропе",
а на Родине, в России-матушке предпочитаю.
И если брать, убивать, воровать - тут я предан Родине...
И на Родине это делать выбираю...
Тут поможет прокурор Калужской области и Хабаровского края...
Цапок8и Цеповяз9поддержат в Краснодарском крае...

И это не то что вам в какой-то там Швейцарии!
Борьбой с коррупцией, а точнее самой коррупцией я тут сам управляю...
Я люблю Россию! Я - патриот!
...но жил бы в Швейцарии...

И если хочешь позаботиться о своём тленном -
Путину, сынок, до конца будь верным!
Я люблю Россию! Я - патриот!

Будь смиренным, будь кротким, подумай о тленном
Хочешь мочить и не попасться - начальству будь верным...
Я люблю Росcию, я - патриот... (х3)

2016-06-24